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Loup, l'attaque sur l'homme qui change tout

Jusqu'à présent, les attaques de loups ou autres prédateurs sur les troupeaux n'ont pas ému grand monde, en dehors des bergers et de leurs soutiens professionnels. Le week-end dernier, un adolescent a été attaqué par des loups. Et ça change tout !

Article publié par Wikiagri, le 10 juin 2015

Le jour où l'accident arrivera, plus personne ne pourra dire "on ne savait pas". L'accident en question, c'est l'attaque du loup sur l'homme, avec séquelles. Le week-end dernier, un adolescent l'a échappé belle, il a pu témoigner, vous avez ci-dessous en vidéo son témoignage recueilli par les journalistes de La Provence. Il a été encerclé par des loups, il a réussi à les faire fuir avant d'être attaqué réellement. L'action s'est déroulée à Seyne (Alpes-de-Haute-Provence, massif des Alpes), elle aurait pu avoir lieu dans les Pyrénées... Ou même dans les plaines de l'Aube ou de la Haute-Marne où le loup s'est signalé en décimant des troupeaux !

On arrive donc à un point où le mythe de l'espèce protégée ne pouvant que croquer deux ou trois agneaux au passage mais qui fait bien dans le décor a vécu. Y compris pour ceux qui n'ont aucun égard pour le pastoralisme, pour tout ce que signifie la perte de troupeaux ovins et même des attaques sur bovins (il y en a eu). Car cette fois, nous sommes passés à l'étape supérieure : le loup attaque l'homme !

Oui, cette fois, tout le monde est concerné. Pas seulement les bergers, dont on fait si peu de cas. Pas seulement ceux qui ont eu les troupeaux décimés, de la Lozère aux Alpes en passant par l'Aube (ça fait tout de même beaucoup...), mais tout le monde. L'adolescent attaqué se trouve appartenir à une famille de bergers. Mais puisque le loup attaque l'homme, qui dit que demain ce ne sera pas un touriste ? Et pourquoi pas un de ces doux écolos rêveurs et crédules venus admirer les loups d'un peu trop près ?

Dégâts sur les troupeaux, un coût croissant pour les contribuables

Bien sûr, on peut tout à fait comprendre les urbains en quête d'évasion et de nature qui prêtent une forme de romantisme au loup depuis qu'ils ont lu, dans leur plus tendre enfance, les romans de Jack London décrivant l'espèce dans de grands espaces de liberté sur le continent nord-américain. Mais la réalité du terrain, chez nous en France, et à notre époque, n'est certes pas la même. Les attaques du loup ont, ces dernières années, décimé bien des troupeaux, à des fréquences de plus en plus élevées.

Voici quelques chiffres, éloquents. Ce sont les chiffres officiels des indemnisations de l'Etat aux bergers après les attaques du loup dûment constatées par les fonctionnaires. Regardez ces trois tableaux ci-dessous, copies d'écran de la source officielle citée, comparez-les. En 2012, 6131 victimes avérées du loup. En 2013, elles sont 6213. Enfin, en 2014, on passe à 8560 victimes officielles. Pour le contribuable, on est passé d'un coût légèrement inférieur à 2 millions d'euros à 2,6 millions.

(source : http://www.rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/bilan_attaques_2014_12_31_INTERNET_20150105_cle08b912.pdf)

Qui plus est, il ne s'agit là que de statistiques officielles, selon les constats des agents assermentés de l'Etat. Les bergers estiment que plusieurs cas ont été minimisés, étant attribués de manière trop hasardeuse à des chiens errants ou autres. Par ailleurs, certains bergers n'ayant que très peu de pertes (une ou deux brebis) n'ont pas forcément pris la peine de les déclarer. Enfin, ceux qui n'étaient pas au courant des demandes des fonctionnaires assermentés ont pu maladroitement manipuler les corps des brebis attaquées tant et si bien qu'elles n'ont pas été reconnues tuées par le loup. Evidemment, il est impossible de chiffrer les attaques en plus des tableaux officiels fournis ci-dessus, mais il faut avoir en tête que les chiffres donnés ne sont que des minimas.

Précisons aussi que, pour les éleveurs, ces indemnisations ne compensent que partiellement la perte économique, et n'ajoutent en aucun cas un préjudice moral.

Une classe politique peu réactive

Ces chiffres sont publics, ils n'ont rien de secret, et n'ont jusqu'alors pas vraiment fait réagir la classe politique. Christophe Castaner, député PS de la deuxième circonscription des Alpes-de-Haute-Provence, a répondu aux journalistes de La Provence, sur la même chaine DailyMotion que l'interview du jeune homme attaqué, après les événements du weekend... En rappelant que le loup était une espèce protégée et appelée à le rester, qu'il fallait juste prendre des mesures de protection pour les éleveurs... Sans trop de précisions sur le sujet. Bref, pas vraiment concerné.

Précédemment, WikiAgri s'en était fait l'écho, le député de la Lozère Pierre Morel A L'Huissier (républicain) a tenté une action au niveau européen, dans l'esprit de faire tomber le statut d'espèce protégée du loup. Mais cette action, une initiative personnelle, est d'une part trop isolée politiquement, et elle prend d'autre part du temps à se concrétiser (le temps de l'administration, la volonté de l'élu est réelle)...

En dehors de ces deux élus, pas vraiment d'empressement de la part de la classe politique à se positionner sur le sujet...

Une chance inouïe, l'attaque sur l'homme doit faire réagir

Là, en ce moment, nous avons une chance inouïe : il y a eu une attaque sur l'homme, et (ouf) elle n'a pas eu de conséquence. Il est donc possible de réagir avant la catastrophe ! De prendre conscience des limites de la réintroduction, du fait que le loup a constitué des meutes, qu'il est capable de se déplacer géographiquement et d'envahir de nouveaux territoires. Et surtout que sa population a grandi à un point tel que ses individus ne peuvent plus se satisfaire de quelques gibiers de forêt pour se nourrir.

Alors la situation est ce qu'elle est, il faut savoir en "profiter". Le loup attaque l'homme, donc n'importe qui, donc les éleveurs ne sont plus les seuls concernés. Il existe aujourd'hui la possibilité d'entraîner un mouvement plus global, moins corporatiste, d'y intégrer les mères de familles, les randonneurs, tous les amoureux de la montagne qui veulent pouvoir continuer à entendre siffler les marmottes sans risque, qui veulent monter jusqu'à admirer les chamois sans risque, qui veulent admirer les paysages alpins ou pyrénéens sans risque... Ou même qui veulent pouvoir se promener en Haute-Marne ! Au-delà, le montant des indemnités, c'est-à-dire ce que coûte le loup aux contribuables, doit également faire réagir bien au-delà de la profession de berger.
Une enquête du ministère de l'Ecologie

A savoir : le ministère de l'Ecologie mène une enquête publique jusqu'au 21 juin (lien ci-dessous), une manière pour chacun d'exprimer les réalités du terrain...

Jeandey Antoine

 

En savoir plus : http://www.consultations-publiques.developpement-durable.gouv.fr/projet-d-arrete-fixant-les-conditions-et-limites-a1022.html?id_rubrique=2 (jusqu'au 21 juin 2015, le ministère de l'Ecologie consulte la population française à propos du loup. L'opportunité pour chacun de donner son point de vue...) ; http://wikiagri.fr/articles/loup-y-es-tu--oui-je-suis-la-!/852 (tribune de Gaël Grosmaire, parue dans WikiAgri, sur ses craintes d'éleveur de l'Aube face au loup) ; http://wikiagri.fr/articles/enquete-europeenne-sur-le-loup-comment-participer/1078 (action tentée par le député de la Lozère Pierre Morel A L'Huissier pour faire tomber le statut d'espèce protégée du loup) ; http://www.francetvinfo.fr/france/carte-les-attaques-de-loups-en-france-ces-trois-dernieres-annees_755874.html (carte des attaques du loup contre le bétail, elle était à jour lors de sa parution, en novembre 2014) ; http://www.rhone-alpes.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/bilan_attaques_2014_12_31_INTERNET_20150105_cle08b912.pdf (source d'information pour les tableaux diffusés dans cet article).