French Dutch English German Italian Russian Spanish

Actualités

Accueil Actualité Actualité Pastoralisme en Dévoluy : Loup, j’ai décidé d’arrêter avant de péter les plombs

Pastoralisme en Dévoluy : Loup, j’ai décidé d’arrêter avant de péter les plombs

Serge Patras a dit stop. Stop à un métier qu'il a pratiqué depuis l'âge de 15 ans, dans sa montagne du Rabiou. À 56 ans, les dix dernières années l'ont usé beaucoup plus que les trente précédentes. La faute au loup.

Publié dans ledauphine.com le 21/04/2012

Serge Patras a dit stop. Stop à un métier qu'il a pratiqué depuis l'âge de 15 ans, dans sa montagne du Rabiou. À 56 ans, les dix dernières années l'ont usé beaucoup plus que les trente précédentes. La faute au loup, devenu objet de toutes les conversations, en famille comme avec les amis, l'animal est entré petit à petit dans son quotidien et a fini par « le rendre invivable ».

« À force de rejoindre le troupeau avec un nœud dans l'estomac, craignant qu'une bête manque à l'appel, c'est devenu une psychose. J'ai décidé d'arrêter avant de péter un plomb. Je ne l'ai vraiment pas fait de gaîté de cœur. Je n'en suis pas fier, mais je ne pouvais plus continuer. » Le premier janvier dernier, il a donc vendu ses 400 "bêtes" et a cessé son activité.

Cet éleveur de brebis du Dévoluy a perdu une à deux bêtes par an ces dernières années, et même trois en 2011. Il avait intégré le groupement pastoral de La Cluse, il y a cinq ans, pour bénéficier d'un peu de "renfort" et ne plus être seul.

"C'est trop tard, les meutes sont là !"

En présence d'un berger, les attaques ont certes diminué mais n'ont pas cessé. Avec toujours à l'esprit, le sentiment d'en avoir toujours plus à faire. « On nous demande deux clôtures électriques pour les parcs de nuit, bientôt ça sera trois puis quatre et ça n'empêchera pas les attaques. Jusqu'où va-t-on aller comme ça ? » Un ras-le-bol qu'il exprime avec plus de désolation que de colère.

Et les nouvelles réglementations qui se profilent ne changeront pas la donne : « C'est trop tard les meutes sont là, installées. À la Joue-du-Loup, il y en a qui rodent juste derrière les maisons. Alors on nous parle de l'Italie, ils font ceci, ils font cela, mais eux aussi font comme ils peuvent. »

Aux arguments des "pro-loup", il répond que « l'écologie c'est important. Mais il ne faut pas demander tout et n'importe quoi. Si on veut parler d'écologie, il faut alors enlever les contraintes économiques. On a des contraintes à tous les niveaux. Si ce n'est pas le loup, c'est la tonte des près ou je ne sais quoi d'autre. »

À 56 ans, il ne sait pas encore ce qu'il va faire. En attendant, il a fait la saison d'hiver en station, avec d'autres collègues. « On parle encore du loup, du métier. Éleveur, berger, la peine est la même quand on découvre la carcasse d'une bête », confie-t-il.