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Un éleveur cerné par les loups appelle à l'aide

E&M a reçu le témoignage poignant de Patrick A., éleveur dans les Alpes de Haute-Provence, cerné par les loups et qui craint aujourd'hui pour sa sécurité et celle de ses enfants.  Il raconte à E&M ce qu'il vit depuis cet été et a besoin d'aide. Lisez son témoignage, ci-dessous.

"Bonjour,

je viens donc te faire le récapitulatif des derniers évènements.

Nous avons été attaqués les deux dernières semaines de septembre; une fois sur la crête de la Colle au pied de l'Oratoire, malgré bergers et chiens; 2 brebis tuées mais qu'une carcasse retrouvée. Le mercredi suivant, au Faou, 5 brebis prédatées, 2 carcasses retrouvées. Lors de cette dernière attaque, le troupeau se trouvait dans un parc grillagé en ursus de 30ha, avec le berger, son beauceron et 2 chiens de protection. L'attaque a eu lieu entre 9h30 et 11h. Les loups ont consommé le 1/4 arrière d'une agnelle à quelques dizaines de mètres du berger qui a trouvé les brebis en retournant le troupeau vers la chaume. Il a dû faire partir les loups qui mangeaient à ce moment-là. Rien, vu, rien entendu. Comme d'habitude, la meute s'est coupée pour éloigner les chiens de protection vers le vallon de la Garnaysse pendant que les autres prenaient le troupeau à revers.

Hier soir, je suis rentré tard vers 22h. En arrivant à mes premiers champs (station d'épuration du village d'Esparron), j'ai vu un loup qui se débinait sur la gauche. Je suis rentré en voiture dans le champs pour tenter de l'apercevoir à nouveau, je l'ai vu sauter dans le ruisseau. J'ai fait demi-tour, en arrivant au Pont, à 50m de mon domicile, ce sont un puis deux, puis huit loups qui sont sortis d'entre les palettes, les engins et les gravas d'un chantier en cours. Ils sont venus par la route face à la voiture qu'ils ont dépassée par la droite et la gauche comme si de rien n'était. Il y avait donc hier soir 9 loups au total autours de mes bâtiments d'exploitation.

Ce matin, en allant nourrir les chevaux, Caroline a trouvé sa vieille jument tétanisée au fond du parc. Quand elle s'est approchée, la jument a paniqué, souffle court, les yeux qui roulaient dans les orbites... Un comportement jamais vu chez cette bête très placide. C'est en lui enlevant la couverture imperméable qu'elle lui met la nuit qu'elle s'est aperçu qu'elle présentait de nombreux trous au niveau de la gorge, des épaule et du garrot. Pas de trace de terre fraîche, ce qui veut dire que la jument n'était pas par terre et pourtant elle fait 1,50m au garrot. Elle ne se couche quasiment jamais à cause de rhumatismes qui l'empêchent de se relever. Par bonheur, il s'agit d'une grosse couverture imperméable avec un col qui couvre entièrement l'encolure qui a reçu le plus gros des dégâts. Mais la jument présente de nombreux hématomes, surtout sur le haut des épaules et sous la gorge.

Il y a maintenant plus de 120 jours que nous veillons armés toutes les nuits auprès de nos brebis. En cette saison, l'exercice commence a être très pénible : 12h de nuit dans la gelée... En moyenne, le troupeau est visité 3 à 4 fois par semaine. Il n'est pas rare que les chiens de protection (qui ne poursuivent pas les loups la nuit) se trouvent acculés contre les fils du parc de nuit. Ils n'arrivent plus à repousser les loups. Nous avons tiré des boites entières de munitions; ça ne leur fait absolument rien. De toutes façon, il est quasiment impossible de pouvoir tirer sur ces bêtes la nuit du fait de leur façon fuyante de se déplacer. Nous sommes dans des espaces boisés, embroussaillés et encaissés. A part faire paniquer les brebis encore plus, c'est tout ce que l'on arrive à faire. Au mois de juillet, ma compagne a déja été obligée de faire du feu pour les éloigner aprés qu'ils aient encerclé les brebis 4 heures durant.

Pour l'heure, nous quittons l'alpage alors qu'il reste plusieurs semaines d'herbe. Si au moins nous pourrons enfin dormir dans notre lit, il n'en reste pas moins que mettre les brebis au foin en bergerie n'est pas une solution.

Aujourd'hui, nous avons une meute de 8 à 9 individus littéralement devant la porte de la maison qui ne s'attaquent pas seulement aux brebis mais également aux chiens et aux chevaux. Ils n'ont aucune peur de l'homme et il est absolument faux qu'ils s'enfuient devant nous. Hier soir, j'en ai touché un en ouvrant ma portière, c'est dire s'ils sont farouches. Ils ont faim. Les autres troupeaux sont partis des estives, il ne reste plus que nous et bien peu de faune sauvage, ils font les poubelles dans le village. Nous craignons vraiment pour notre sécurité et surtout celle de nos jeunes enfants. Un enfant de 4 ans portant l'odeur des brebis face à une telle meute... La situation est intenable. Il faut que les autorités compétentes prennent conscience du danger avant qu'un malheur n'arrive. Comme de la vacuité des soit disant mesures de protection. Rien ne les arrêtent, ni les chiens, ni l'électricité, ni la présence humaine, ni les armes, ni le feu... Qu'est-ce qu'on fait?

Cordialement"

Patrick

18 octobre 2012