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Les sénateurs atteints de névrose infantile ?

Dans sa chronique matinale du 20 février, sur France Inter, chronique consacrée à la peur du loup, le pédopsychiatre Marcel Rufo s'est interrogé sur le vote d'une loi sur des zones d'exclusion pour les loups par le Sénat. D'après lui, les sénateurs "présenteraient peut-être un syndrome de névrose infantile" ! Pourquoi ? parce qu'ils "s'inquiètent de la détresse et du traumatisme des éleveurs" !

La chronique à réécouter sur France Inter

Le communiqué de presse d'E&M

Retranscription de la chronique de Marcel Rufo dans le 7/9 de Patrice Cohen du 20 février 2013 sur France Inter

Patrice Cohen : Bonjour Marcel Rufo

Marcel Rufo : Oui bonjour

Patrice Cohen : Vous avez choisi de nous parler, ce matin, de la peur du loup.

Marcel Rufo : Oui j'ai choisi de parler de la peur du loup sur un article des Dernières Nouvelles d'Alsace du 31 janvier où Patrice Barrère et l'éditorial de Pascal Coquis parlent du loup. Alors les sénateurs font une proposition de loi visant à créer des, écoutez bien, « zones d'exclusion pour les loups ». Zones d'exclusion à cause de deux loups dans les Vosges.

Ca pose en fait 5 problèmes.

Un problème économique (4420 bêtes égorgées ; coût à peu près 10 millions d'euros). Donc le pastoralisme déjà attaqué par l'urbanisation, c'est le premier problème.

Deuxième problème écologique. Le loup est donc un bouc émissaire selon les écologistes, du commerce international. Le loup deviendrait un bouc pour les écolos et ils disent aussi que l'Espagne et l'Italie et en Suisse, les ours et les loups vivent en bonne façon avec les hommes sans problème. Un problème éthologique. Il faudrait quand même que les loups comprennent qu'il y a des lieux d'exclusion, qu'ils se cantonnent dans les zones d'activité de chasse et dans des lieux non habités.

Patrice Cohen : Oui

Marcel Rufo : Sinon il faudra effectuer des prélèvements. C'est le terme exact.

Patrice Cohen : Faudrait qu'ils lisent les Dernières Nouvelles d'Alsace

Marcel Rufo : Alors poétique, poétique, poétique. Le loup est monogame, il est fidèle, avec un mâle dominant (attention aux féministes) et si on parle de louve et d'Akela, on se rappelle « Akela, nous ferons de notre mieux, de notre mieux, mieux, oui, mieux mieux mieux mieux ». Donc, pour les enfants, les loups c'est important.

Mais revenons à ma spécialité, c'est-à-dire la psychologie. Ecoute : « Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure et que la faim en ces lieux attirait... » Quel plaisir d'avoir peur ! Vous vous souvenez, quand votre maman, votre grand-mère, votre grand-père vous racontait ce conte ? Et d'ailleurs la grand-mère ou la maman avait un moment du conte où elle avait peur et c'était pas forcément le vôtre. Et puis après on vous poursuivait dans la maison en disant « je vais te manger, je vais te manger » et on se souvient de l'angoisse rieuse qui nous étreignait.

Freud, d'ailleurs, ne s'y est pas trompé, il parlait de l'éradication des animaux comme un symbole de l'égoïsme de l'humanité, Sigmund. Et puis Sigmund, surtout, il traite ce magnifique chapitre « L'homme aux loups » le petit Hans (?) dans « Cinq psychanalyses » où il s'aperçoit qu'un enfant qui a des désirs œdipiens, ce qui est tout à fait banal, est puni par un rêve et il voit des loups, sur un arbre, qui le regardent et Freud suit le père et guérit ainsi l'enfant. Une fois de plus, Freud invente la thérapie familiale.

Mais revenons aux sénateurs. Représentants de la Chambre Haute, les gens les plus sages de note pays. Ils disent... est-ce qu'ils ne présenteraient pas, en fin de compte, une névrose infantile ? ils nous répètent toujours « la peur du loup »... Alors je cite, je cite leurs propos. Ils s'intéressent, ils s'inquiètent de la détresse et du traumatisme, détresse et traumatisme d'éleveurs. C'est des termes de psy, ça, détresse et traumatisme. Alors en même temps, attention. Respect absolu sur les bergers, les pêcheurs, les curés et les instituteurs qui sont le socle de la méditerranée.

Et puis j'ai un vrai conseil à vous donner. Ce soir vous retrouvez votre livre de contes et avec les enfants qui dorment mal, vous leur lisez un conte qui fait peur. C'est vraiment le médicament générique du sommeil. Et vous commencez comme ça : « un loup survient à jeun qui cherchait aventure et que la faim attirait dans ces lieux ».