French Dutch English German Italian Russian Spanish

Attaques d'ours sur le Couserans - Ariège

Attaques d'ours sur le seul Couserans, Ariège

Bilan à mi juillet 2011 

Témoignages et chiffres communiqués par Bruno Besche-Commenge, ASPAP/ADDIP, 19 juillet 2011

(Partie Ouest de l'Ariège où se trouve, en relation avec versant espagnol, le pus grand nombre d'ours, une douzaine au moins.

La présence d'un voire de deux bergers et de patous n'a pas empêché les attaques. Elles peuvent se produire le même jour sur des zones différentes de la même estive. Elles ont commencé dès la montée en estive et n'ont depuis jamais cessé.

Aucun répit, aucune tranquillité pour les bergers dont la crainte est permanente : l'ours qui a attaqué revient sur les lieux du forfait, et/ou sur l'estive voisine. Entre les 10 et 11 juillet, attaque sur la couche à Bentaillou et juste après sur l'estive voisine d'Ourdouas.

Certains bergers, débutants mais très volontaires, ne supportent plus cette pression et parlent déjà de ne pas continuer le métier. Et le temps pris pour rechercher les bêtes mortes ou blessés, prévenir, suivre les agents chargés du constat, est autant de temps en moins pour s'occuper des troupeaux, donc beaucoup plus de travail ensuite pour reprendre le cours normal de l'estive.

Pour eux, il est insupportable de voir des bêtes blessées, souvent très salement, et dont on ne sait plus s'il faut les achever (ce que certains bergers sont moralement incapables de faire, ou ne se sentent pas le droit de faire sans accord de l'éleveur) ou les redescendre pour tenter des soins. Pire encore lorsque la bête est retrouvée ou revient à la cabane après plusieurs jours, avec, par ex. et c'est fréquent avec les ours, le sternum en partie arraché.

Nombreuses bêtes sont manquantes sur de nombreuses estives, déstructuration totale de l'ordonnancement et des biais des troupeaux.

Sur Barlonguères en particulier, où les ours ont fait fuir versant espagnol de nombreuses brebis toujours pas retrouvées ou qui refusent de repasser la frontière, des éleveurs envisagent de redescendre ; ailleurs certains se demandent s'ils vont continuer à estiver : au-delà des morts et blessés, le stress subi par les bêtes rend le troupeau quasiment ingérable.

Même effet de la peur de la bête et de son odeur (on sent encore l'ours même lorsqu'il n'est plus là) sur des troupeaux non directement attaqués : estive de l'Isard, les vaches qui sont en bas de la sapinière refusent de la traverser pour accéder au pâturage au dessus, vraiment impossible quoiqu'on fasse. Mais l'ours attaque presque toujours aux environs des passages, les vaches le sentent.

Estive de Pouilh, 9 juillet, 2 h du matin : les bergers sortent réveillés par les cloches des brebis, un jeune ours les a faites redescendre de la couche située au dessus et continue à les affoler, les bergers le pourchassent avec leurs torches ; brebis très habituées à la montagne et au chef berger (plus de 40 ans sur même montagne avec troupeaux des mêmes éleveurs) qui n'avait jamais vu ça, grosses difficultés pour reprendre en main les bêtes malgré cette longue habitude.

Difficultés pour les constats :

- difficultés matérielles : bêtes dans des ravins, bêtes très éloignées des cabanes, les vautours passent avant qu'on ne les trouve. Troupeaux éclatés et donc on n'est jamais sûr d'avoir tout trouvé, c'est quasiment impossible. Le portable ne passe pas du tout sur certaines estives, il faut ou redescendre ou monter en crête pour pouvoir appeler les équipes de constatation, et attendre qu'elles arrivent en restant proche de la cabane alors qu'il faudrait courir la montagne pour rassembler à nouveau le troupeau et d'autant plus surveiller que l'ours est par là !

- difficultés avec les agents dont il faut rappeler qu'ils ne sont pas des experts au sens juridique du terme, encore moins des experts en zootechnie (strictement aucune connaissance par exemple de la constitution des squelettes. Très mauvaise localisation des marques d'attaque, incapacité à voir certaines marques, évidentes pour le zootechnicien). Refus de constat sur des brebis « simplement » blessées, raison invoquée : « je peux pas déplier la peau pour voir s'il y a les marques.» Les traces de griffes étaient pourtant évidentes sur le poitrail... L'agent a simplement mentionné la présence de bêtes blessées, sans aucune constatation quant à ces blessures.

Souvent très long délai entre signalement et venue des équipes. Le pire : estive du Trapech, quatre jours d'écart ! Sur la même estive, 4 juillet : une des brebis tuée très haut sur l'estive. Sans monter la voir, les agents signalent qu'elle passera avec les autres puisque l'ours était bien là ; nouvelle attaque le 7 : autres agents indiquent qu'il aurait fallu l'expertiser. L'ASPAP a envoyé deux courriers au sous-préfet de St Girons en charge du dossier ours dans le département pour signaler ces retards, second courrier rendu public en même temps qu'il était envoyé. Aucune réponse à ce jour !

Toujours pas de double des constats remis au berger ou à l'éleveur présent.

Conclusion : au-delà des pertes sèches, des bêtes manquantes qui seront ou non retrouvées vivantes et qui seront ou ne seront pas indemnisées, les conditions physiques et morales de travail sont insupportables pour les bergers ; la situation faite aux troupeaux qui perdent toute cohérence est invivable pour eux comme pour les éleveurs qui ne retrouvent plus « leur » troupeau mais un conglomérat de bêtes déstructurées.

Que chez les uns comme les autres, on en arrive pour certains à envisager très réellement de ne plus montagner est la pire des conséquences à la fois pour la montagne elle-même, pour l'avenir économique des femmes, des hommes, des territoires concernés, pour la production alimentaire nationale que les estives contribuent à assurer de façon naturelle, totalement écologique, alors qu'un des enjeux mondiaux des années à venir sera justement celui d'une production alimentaire à la fois suffisante pour nourrir l'ensemble de la planète et respectueuse des milieux.

Merci à Elodie Amilhat, permanente à mi temps de l'ASPAP, de suivre très méthodiquement la situation sur les estives (et pas que depuis son bureau !). J'ai rédigé mais c'est elle qui a fait tout le boulot.

B.Besche-Commenge, ASPAP/ADDIP

19 juillet 2011