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Le côté humain de la prédation est oublié

Le côté humain de la prédation est oublié

Articles extraits du dossier "Pastoralisme, loup, prédation" paru dans le numéro de l'Espace Alpin du vendredi 22 janvier 2010

Jean-Pierre Imbert, membre associé de la CA05, le dit tout net : « Le loup n'est pas compatible avec notre boulot. Je n'accepte toujours pas ce prédateur ; je vis avec par obligation ». Pour cet éleveur, l'évolution de la situation est préoccupante à plus d'un titre. « On se polarise trop sur le pastoralisme alors que les troupeaux sont présents aussi une grande partie de l'année dans d'autres territoires que les alpages. Il faudrait que le débat évolue sur ce point. Ce qui me semble aussi assez scandaleux, c'est que le côté humain du problème de la prédation est totalement occulté. Imagine t-on en haut lieu comment les choses se passent en alpage ? Au moindre bruit, à 2h du matin, les chiens aboient, les brebis s'inquiètent et s'agitent. Alors, tout ensommeillé, on prend son fusil et on va passer une heure sous la lune à scruter les alentours, tendu et aux aguets. Il y a un attachement, un lien entre un éleveur et son troupeau. Aussi, c'est très dur pour lui d'avoir à retrouver les cadavres déchiquetés ; c'est parfois un spectacle insoutenable. C'est démoralisant de voir les bêtes souffrir du stress, avorter car après le passage du loup, il y a toujours de la casse. On ne vit pas que pour le fric ! Certains pro-loup nous disent que de toute façon la bête finira à l'abattoir ; ils n'ont pas tort mais ils ont l'air d'ignorer ce que subit la bête coursée par le loup ! Moi, j'ai eu, entre autres, un ânon de 3 mois dévoré. Au bout d'un moment, tu dis : je fais ce métier pour quoi ? Enfin, quand de jeunes éleveurs vont débarquer, obligés de surveiller les bêtes la nuit, confrontés à la dure réalité de l'alpage, comment cela va t-il se passer ? N'y a t-il pas un risque de voir ces jeunes jeter l'éponge les uns après les autres ? Il faut espérer la pérennité des mesures qui cependant doivent évoluer et la prise en considération du côté humain de la prédation»

Sylvie Metery, éleveuse ovin à Montagnac revient elle aussi sur ce défaut de prise en compte des éléments humains. Son troupeau a subi des attaques dans le Var, sur le plateau de Canjuers : « On subit le loup ; nous avons des pertes économiques certes mais aussi morales. On se donne du mal à longueur d'année pour élever nos bêtes et les voir éventrées dépecées, égorgées, mordues c'est insoutenable et démoralisant. L'indemnisation, en l'espèce, n'est jamais à la hauteur du préjudice moral ».

Yonel Davin, est éleveur à Châteauroux les Alpes. Son troupeau de 500 brebis transhume à l'alpage du lac Ste Marguerite sur la commune des Orres. Il fait partie d'un  groupement pastoral de 5 adhérents dont il est président. « Nous avons la chance (si on peut dire) de transhumer dans un secteur où le loup ne fait que passer. Mais toutes les années, l'angoisse d'être attaqués est permanente tout au long de l'été ; c'est usant. Nous avons mis en place des mesures de protection et nous avons déjà eu droit à un effarouchement par le lieutenant de louveterie. Nous avons utilisé aussi une radio qui se mettait en route toutes les nuits mais l'efficacité est nulle. Donc, tous les soirs c'est parcs de nuit et on massacre la montagne ! Alors on change souvent de couchade et c'est un surplus de travail. Personne ne tient compte du temps que nous passons à surveiller, veiller, marcher pour chercher les brebis au moindre doute sans parler du spectacle insoutenable que nous sommes obligés d'accepter après une attaque. Cela fait 10 ans que je vis cela et je ne m'habitue pas. Parallèlement, les règles sont de plus en plus draconiennes, les constats de plus en plus tatillons voire injustes parfois. Mon contrat aide berger s'arrête l'an prochain. J'aurai alors à assumer 20% des frais. Je ne reprendrai donc pas d'aide berger. Le budget alpage s'élève à 25 000 € même si la prime à l'herbe en paye une partie, difficile de monter encore en charge. Le loup est implanté ; c'est fini. D'ici 5 ans, je pense que nous ne serons même plus indemnisés. La prédation ce sera pour notre pomme ! On a vu que les manifestations ne donnent rien mais il faut qu'on se réveille ! »


L'exemple de la Suède

Début janvier, L'administration suédoise de la protection de l'environnement a émis des permis pour tuer un total de 27 loups, du 2 janvier au 15 février, dans les cinq régions de Suède où l'animal se reproduit. C'est la première chasse organisée depuis 45 ans contre ce mammifère. La présence du loup est controversée dans ce pays nordique, où des animaux domestiques et d'élevage sont de plus en plus attaqués et où l'animal est repéré près des centres-villes, dans la banlieue de Stockholm notamment. La Suède comptait l'hiver dernier entre 182 et 217 loups, selon les estimations de Naturvaardsverket.

Des brebis plutôt que des loups !

Les Jeunes Agriculteurs se battent corps et âmes depuis plusieurs années pour faire cesser les massacres du loup sur nos cheptels et défendre notre métier. En 2009, au 20 novembre, 87 attaques de loup ont été recensées dans notre département avec plus de 370 brebis ou veaux qui ont péri dans les crocs du loup, mettant à mal le travail des éleveurs et bergers (cela sans compter les attaques qui ne sont pas déclarées). Pour ce Noël 2009, la ville de Digne les Bains avait choisi comme thème de décoration du principal rond point de la ville ... : le loup ! L'occasion était trop belle pour un groupe de JA dignois qui y a mené une action symbolique. Ils ont recouvert de bâches noires les loups présents sur le rond point et ont mis à la place 5 brebis vivantes pour exprimer le mécontentement des éleveurs face à la réintroduction du loup. Il n'y a pas que dans nos alpages que nous préférons les brebis aux loups ...