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Position de l'association sur la prédation


Thèmes sur lesquels il devrait y avoir consensus

1) La biodiversité
Le loup fait partie de la biodiversité, et on peut comprendre sa présence dans un
Parc, mais il est faux d’affirmer que la biodiversité serait plus riche sans le
pastoralisme : nos montagnes sont ce qu’elles sont, au point de vue biodiversité,
parce que depuis des siècles, des millénaires, des hommes ont fait pâturer leurs
ovins. Si les régions méditerranéennes sont considérées comme des « points
chauds » (ou « hot spots ») de biodiversité au niveau mondial, c’est bien grâce à la
combinaison étroite des activités humaines, notamment agropastorales, avec un
climat et une topographie particulières.
En fait, le retour du loup est une menace pour la biodiversité puisque, parmi les
mesures imposées aux éleveurs « le regroupement nocturne des troupeaux provoque
dégradation et pollution, un comble pour une activité soucieuse du bon entretien des
alpages » dixit Marc Vincent, zootechnicien à l’INRA d’Avignon.
« La disparition des systèmes traditionnels de pâturage tend à s’accompagner de
pertes importantes de biodiversité » FAO, Rome, 2009.

2) Les chiens divagants
On veut aussi faire croire que les dégâts dus aux chiens dits « errants », en fait
divagants sont très importants. C’est faux encore ! Les professionnels de l’élevage
reconnaissent avoir connu des attaques de chiens à caractère accidentel avant
l’arrivée des loups, mais le nombre de victimes est bien inférieur à celui qui a été
propagé depuis des années dans différentes instances.
Une fois pour toute il faudrait reconnaitre les travaux rigoureux et validés
scientifiquement, conduits sur de nombreux territoires en France par plusieurs
institutions (CERPAM, SUAMME, Vétagrosup de Clermont-Ferrand…) qui prouvent
que, là où il n’y a pas de loup, le taux des victimes dû aux chiens atteint 0,25 % de
l’effectif du troupeau mis au pâturage, par an, c’est-à-dire de 2 à 3 victimes par an
pour un troupeau de 1 000 têtes ! Ce sont d’ailleurs également ces faibles taux qui
sont publiés aux USA ou en Grande-Bretagne.
De plus, on ne peut pas ignorer l’impact négatif du chien patou sur la fréquentation
touristique de la montagne où l’activité de randonnées est la plus pratiquée.
Combien de maires reçoivent plaintes et récriminations, et combien refusent de
louer des alpages si le berger a des patous ? Combien de personnes ont été mordues
par ces chiens ?
Les écologistes disent volontiers que c’est aux bergers de dresser ces chiens, ils
oublient simplement de dire que les patous sont imposés aux bergers, s’ils veulent
être indemnisés en cas d’attaques de loups ! Ces chiens d’origine pyrénéenne
n’étaient pas connus dans les Alpes avant l’arrivée du prédateur.


3) Le nombre de loups :
Le DDT 04 a déclaré le 23 septembre 2011 qu’il y aurait 20 loups dans le
département, c'est-à-dire 20 loups vus et recensés. Le mode opératoire sous-estime
complètement le chiffre exact, et le directeur lui-même doit en être conscient.
De cette manière les pouvoirs publics annoncent la présence de 200 loups en France,
alors que des responsables d’association écologique déclarent : « il est possible
d’estimer raisonnablement l’effectif national à 450 individus au minimum » (sur le
blog Naturenvironnement). En outre ce chiffre de 200 animaux serait stable depuis
plusieurs années alors que la prédation a doublé entre 2008 et 2011 !
Il est difficile de comprendre cette sous estimation de la part d’organismes d’État
dont la transparence devrait être totale.
La population de loup s’accroît à un rythme très rapide et non maîtrisé ; le nombre
d’attaques croît en proportion du nombre de loups, c’est une évidence.


4) Le coût du loup :
- Pour le département du 04 nous savons qu’avec 791 victimes, le coût direct du
loup a légèrement dépassé 2 millions d’euros (source DDT 04). Ce coût direct
comprend les indemnisations, les subventions pour patous, filets, aide-bergers.
- La DREAL Rhône-Alpes nous indique que pour la France (Alpes, Vosges, Jura,
Vaucluse, Var) 4.602 victimes ont été indemnisées. On peut donc en déduire que
ce coût direct pour toute la France est de 11.635.903 €.
- À ce montant il faut ajouter salaires et charges des employés de la DREAL, des
différentes DDT (trois salariés pour le 04), dont la seule fonction est de traiter les
dossiers loups. Il faut aussi ajouter les dizaines (ou centaines ?) de milliers de
kilomètres remboursés, le coût de centaines d’autopsies, analyses de fèces ou
d’ADN …sans parler des emplois dédiés dans les Ministères.
Sans aucune exagération on peut ainsi légitimement annoncer que le coût total
du loup a été en France pour 2011, au minimum de 20.000.000 d’euros.

5) Le loup et l’homme :
Des historiens ont démontré que la France a connu des loups anthropophages, non
enragés. Dans ces conditions il ne nous semble pas sérieux d’affirmer que le loup
n’est pas dangereux pour l’homme.
Le loup détermine sa zone vitale en fonction de l’abondance et de la vulnérabilité des
proies. Même si la probabilité peut être estimée comme faible, il est certain qu’un
jour ce prédateur intelligent et opportuniste sera à l’origine d’un drame humain,
d’autant qu’il commence à pulluler.
Cette question n’est pas fondamentale pour les éleveurs, ils ne souhaitent pas
susciter ou entretenir des peurs, mais il ne faut pas l’oublier.
A l’heure actuelle, nous craignons bien davantage le geste désespéré d’un éleveur,
ou la révolte démesurée d’un berger qui a subi plusieurs attaques.

6) Dans les autres pays
Nous n’acceptons plus les affirmations selon lesquelles dans d’autres pays les
éleveurs se sont adaptés à la présence des loups.
Nous ne voulons plus les entendre car elles sont totalement fausses. Nous pouvons le
prouver. Par exemple en Italie, le problème est encore plus crucial qu’ici. La Région
Piémont a demandé à trois universitaires d’évaluer l’impact de la prédation des loups
sur les systèmes pastoraux des vallées de Cuneo et de Turin. Cette mission porte sur
trois années. Voici les premières lignes de la conclusion du rapport intermédiaire :
« L'impact du loup sur l'élevage des moutons et des chèvres a tendance à être
significatif, même après l'adoption de mesures passives de défense. En outre, le
système de gestion est également profondément modifié, avec des conséquences
négatives (que nous avons l'intention d'évaluer attentivement au cours du projet) sur
la viabilité à long terme de ces systèmes et la gestion des grandes zones territoriales
où l'abandon induit par la présence du loup peut entraîner des conséquences
négatives en termes de biodiversité et de protection de l'environnement. Même les
aspects socio - culturel ont été sous-estimés jusqu'ici … ».

DÉSORMAIS, IL FAUT UNE RÉELLE RÉGULATION

1) Dans son rapport d’octobre 1999 sur la présence du loup en France, la mission
parlementaire R. Honde – D. Chevalier :
- Affirme que le loup doit être exclu des zones de pastoralisme
- Démontre que le recours à des dérogations à l’application de la Convention de
Berne et de la directive « habitats » est possible
- Considère ainsi qu’une telle régulation est la principale mesure à prendre.
Une régulation légale et efficace est donc possible ! Ni la Convention de Berne, ni la
directive habitats ne fixent un nombre de loup à abattre. Le chiffre de 6, pour 2011, a
été arbitrairement retenu par le Ministère sous la pression du lobby écologiste et ne
doit rien à une règle de gestion raisonnée. Le chiffre de 11 loups pour 2012/2013 a
suscité un tollé chez les intégristes du loup mais, même si cet objectif est atteint, le
problème ne sera pas réglé. Tout le monde le sait !
L’animal est protégé par des textes, mais son expansion prouve que l’espèce est loin
d’être en voie de disparition. Nota : la Suisse devrait déposer au Conseil de l’Europe
une demande révision de la Convention de Berne.

2) Nicolas Vanier, lui-même, dans l’émission de France 2, « Six ans après, les crocs de la
colère », le 24 septembre 2011 à 14 h, a déclaré: «C’est un très, très grand
amoureux du loup qui vous parle, … oui, il faut tuer les loups malheureusement dans
l’état actuel des choses, il faut identifier les zones où le nombre de loups n’est plus
supportable au vu de ce qui se passe sur les territoires. Il faut bien prendre en
compte toute cette problématique et effectivement dans certaines zones
malheureusement, en tous cas en ce moment, à court terme, à moyen terme, il faut
réguler pour laisser une certaine densité qui soit supportable. ».

3) Cette régulation est possible d’autant que l’État, dans le Plan Loup 2008-2012,
déclare clairement vouloir « Accompagner l’expansion de la population de loups en
limitant des impacts de la présence de l’espèce sur les activités humaines, notamment
sur l’élevage », or l’ancienne ministre de l’écologie déclarait : « Au 25 juillet 2011,
on dénombrait 583 attaques et 2 115 victimes, soit une augmentation d'environ 25%
des attaques et de 18% des victimes par rapport à 2010 ».
Or, qu’a-t-il été fait en faveur de l’élevage, pour limiter l’impact d’une augmentation
de 25 % des attaques ? Rien, strictement rien.

4) Le nombre de contrats signés par les éleveurs avec les DDT n’a cessé d’augmenter,
mais la prédation se développe encore plus rapidement. Le monde de l’élevage,
globalement, a accepté les mesures de protections, mais celles-ci-ci se révèlent
inefficaces.
Ne serait-il pas temps de s’attaquer aux causes de la prédation, plutôt
que chercher, à coup de millions d’euros, d’en réduire les
conséquences, alors même que cette voie se révèle totalement
infructueuse et que l’espèce est loin d’être menacée ?

Quelle régulation ?
Une régulation efficace décidée localement, département par département,
quantifiée en fonction des dégâts de la prédation de l’année précédente, est
indispensable, par opposition aux décisions de prélèvement global accordé jusqu’à
présent au niveau national, ce qui n’a aucun sens.
En 2011 dans les Alpes-Maritimes 1.111 victimes ont été indemnisées. Là, le
prélèvement devrait être bien supérieur à celui de la Haute-Savoie où il y a eu 105
victimes.
L’ONCFS a toujours su imposer aux sociétés de chasse une régulation efficace des
populations de gibiers, petits ou gros, sans provoquer d’extermination. Avec le
concours des lieutenants de louveterie cet organisme serait capable de faire la
même chose pour les loups.
Nous réclamons tout simplement le respect de notre travail, et la reconnaissance de
son intérêt écologique.

Éleveurs et Montagnes – 30 juillet 2012
www.eleveursetmontagnes.org