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FNSEA : « La présence du loup est incompatible avec le pastoralisme »

FNSEA : « La présence du loup est incompatible avec le pastoralisme »

Interwiew de Xavier Beulin, président de la FNSEA, publiée par Newspress le 9 novembre 2011

Vous étiez à Mônetier-les-Bains dans les Hautes Alpes, le 28 octobre, pour soutenir les éleveurs confrontés à la prédation du loup. Quel est le sens de cette visite ?

Xavier Beulin : Le conseil d'administration de la FNSEA a mis en place une commission « Faune sauvage » pour traiter de la question de la prédation en agriculture, laquelle est devenue une préoccupation majeure. Le loup est un des sujets importants et emblématiques de cette problématique. Il conquiert d'année en année de nouveaux territoires. Il est présent en grand nombre sur le massif alpin et colonise désormais le massif du Jura et des Vosges. Cette évolution incontrôlée du loup justifiait la tenue de la réunion de Mônetier-les- Bains qui a rassemblé les responsables de nos FDSEA de Provence-Alpes-Côte d'Azur, de Rhône-Alpes, du Doubs ainsi que des représentants de Jeunes Agriculteurs, de la FNO et des fédérations départementales ovines. Plusieurs élus s'étaient également joints à nous pour témoigner leur soutien et leur appui. Chacun comprend que l'on ne peut pas d'un côté agir à Paris, à Bruxelles pour organiser la production afin d'obtenir des prix rémunérateurs, bâtir des politiques de qualité, défendre une politique de la montagne..., et de l'autre laisser les troupeaux être détruits par les prédateurs. Aujourd'hui, les éleveurs et leur famille n'en peuvent plus de voir leur travail saccagé et leur revenu amputé malgré les efforts conséquents qu'ils réalisent pour protéger leur troupeau. Les bergers sont découragés. Le moral de tous est atteint.

Le loup est présenté comme un facteur supplémentaire de biodiversité sur les territoires. Qu'en pensez-vous ?

XB : La présence du loup dans les zones pastorales modifie la conduite des troupeaux qui doivent être parqués tous les soirs. Cela conduit d'ailleurs à des piétinements qui nuisent à la flore. Dans le même temps, les éleveurs sont obligés d'abandonner certains secteurs conquis par le loup. Ceux-ci s'embroussaillent et se reboisent avec des essences banales. Sur le plan faunistique, la présence du loup induit une diminution importante des chamois, des mouflons et isards. Contrairement à ce qu'affirment certains chantres de l'écologie, le loup est réellement, par incidence, destructeur de biodiversité. A l'inverse, plusieurs scientifiques du Cemagref ont montré que le pastoralisme contribue à la diversité des espèces végétales et au maintien de la biodiversité des montagnes y compris en altitude. Mais ce pastoralisme, source de biodiversité remarquable, est complètement incompatible avec la présence du loup. Le ministère de l'Ecologie doit prendre acte de ces faits et revoir sa copie sur le dossier du loup.

Justement, quelles sont vos attentes et vos demandes vis-à-vis des pouvoirs publics ?

XB : Le loup n'est plus officiellement une espèce menacée d'extinction depuis l'arrêté du ministère de l'Ecologie du 27 mai 2009. De plus, l'été dernier Nathalie Kosciusko-Morizet a reconnu, dans un communiqué de presse, que les attaques de brebis par des loups avaient augmenté de 25% entre 2010 et 2011. Le temps de l'action est venu et de bonnes résolutions doivent être prises. La FNSEA demande la mise en place d'une véritable régulation de la population de loups. Il faut sortir du système des quotas actuels pour assurer en permanence la défense des troupeaux. A cet égard, nous demandons la reprise immédiate des tirs de défense suspendus depuis un mois. La ministre de l'Ecologie a pris des engagements au cours de l'été pour « permettre à l'ensemble des éleveurs situés dans une zone reconnue à risque de défendre leur troupeau dès les premières attaques sans autre procédure administrative ». Nous attendons maintenant des actes concrets. Nous demandons aussi, conformément à la loi de modernisation de 2010, que l'Etat assume ses responsabilités et se donne les moyens d'effectuer les prélèvements de loups en surnombre pour « assurer la pérennité des exploitations et le maintien du pastoralisme en particulier en protégeant les troupeaux des attaques du loup dans les territoires exposés à ce risque ». La FNSEA s'inscrit dans une recherche intelligente qui allie économie agricole et demandes environnementales. Le pastoralisme illustre parfaitement cette complémentarité. Les pouvoirs publics doivent tout entreprendre pour qu'il continue à en être ainsi sur tous les territoires. Cela passe, avant tout, par un meilleur respect du travail des éleveurs, de leur rôle économique, social et sociétal.