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Evaluation du potentiel de travail de chiots Montagne des Pyrénées destinés à la protection des troupeaux

Article de Mathieu Mauriès, du 5 août 2011

Les Montagnes LOF à la protection des troupeaux : mythe ou réalité ?

Depuis maintenant 10 ans, je vis et je travaille tous les jours avec neuf chiens de Montagne des Pyrénées LOF qui protègent mon troupeau avec une efficacité absolue. En effet je n'ai eu à déplorer aucune perte sur mes animaux au cours de ces 10 dernières années alors que je vis dans une zone à grands prédateurs des Alpes de Haute Provence.

J'ai fait la démonstration des capacités de travail de chiens LOF, non nés au troupeau, puis nés dans mon propre troupeau pour leur descendance. Tous ces chiens ont montré une remarquable adaptation à la protection de différentes espèces : moutons, chèvres, alpagas, porcs, oies, rennes et poneys. Mes Montagnes participent aussi régulièrement à des ateliers de Zoothérapie avec des enfants autistes. Ils sont donc parfaitement sociables envers les humains.

Depuis 2006 j'ai placé au travail 22 chiots Montagne LOF, nés de mes chiens LOF. Les Montagnes LOF au travail sont donc bel et bien une réalité.

Tester les chiens de protection « adultes »

Les tests sur les chiens adultes sont à l'étude depuis plusieurs années sans résultats concrets à ce jour sur une réelle sélection du Montagne de travail. Trois tests distincts ont émergé en France et constituent indéniablement une source de confusion pour les bergers utilisateurs de chiens de protection. La valorisation à des fins génétiques, de notations obtenues par des méthodes différentes, est évidemment problématique. Enfin la mise en oeuvre pratique de ces tests est loin d'être résolue. Et surtout elle reste très onéreuse, à raison de 500 € par chien testé prévus par les Directions Départementales des Territoires (DDT) des Alpes.

En pratique, juger des chiens sur une seule visite, dans des conditions de terrain toujours peu prévisibles, reste une gageure.

Par ailleurs avec le temps les chiens acquièrent une expérience qu'il ne faut pas négliger. Ceci inciterait à réaliser des évaluations dans la durée ce qui est peu réaliste pour de simples raisons économiques.

Pourtant une autre voie existe pour évaluer l'aptitude au travail des chiens de protection : tester les chiots Montagne des Pyrénées avant le départ vers leur nouveau troupeau afin de ne conserver pour le travail que ceux montrant un réel potentiel.

Elle n'a jamais été explorée car les techniciens pastoraux qui gèrent les programmes « chiens de protection » n'ont souvent jamais élevé de chiens de protection et encore moins produit de chiots. Ces personnes viennent pour la plupart du milieu du « chien de conduite » qui n'a strictement rien à voir avec le « chien de protection ». Leur approche voudrait totalement maîtriser les réactions et les attitudes d'un chien à qui il faut en fait savoir faire confiance ... En ce sens l'objectif des bergers qui ont recours aux chiens de protection est que le troupeau ne subisse pas d'attaques et non le fait que les chiens restent « collés » en permanence au troupeau. Par leurs aboiements de nuit et en parcourant leur territoire et en le marquant avec leurs urines et leurs crottes, les chiens, mâles et femelles, établissent un périmètre de sécurité autour du troupeau. Ils évitent ainsi la plupart du temps toute confrontation directe avec les prédateurs auxquels le message est clairement destiné. En cela réside tout le pouvoir de dissuasion des Montagnes des Pyrénées. Encore faut-il que les chiens soient assez nombreux pour assurer cette mission.

Les agriculteurs vivent dans une réalité incontournable qui dure 24 heures par jour avec le troupeau, avec les chiens et avec des prédateurs qui leur rendent la vie difficile, sans compter les chasseurs, les touristes et les citadins qui sont une source permanente de tracas ... eu égard à l'utilisation de chiens de protection. Ils ont besoin de chiens sains, stables et efficaces. Tout comme les chiens ont besoin de bergers capables de comprendre leurs réactions et de les laisser travailler selon leur instinct.

Tester les chiens de protection « chiots »

Le rôle du naisseur est absolument déterminant dans la réussite ou l'échec de la mise en place au troupeau d'un jeune chien de protection.

Hors cette étape si importante a été totalement négligée sous prétexte qu'il suffit que le chiot naisse au milieu d'un troupeau, pratiquement sans contacts avec les humains.

Pour un Montagne LOF, donc avec un patrimoine génétique connu, que le chiot naisse au milieu d'un troupeau n'est ni nécessaire ni suffisant. Cela est juste un facteur favorable parmi d'autres, dont une génétique bien maîtrisée qui fait aujourd'hui cruellement défaut dans la population française des chiens de protection.

J'ai donc mis au point un protocole destiné à évaluer le « potentiel » au travail de protection de chiots Montagne des Pyrénées LOF âgés de 3 mois avant qu'ils ne quittent leur exploitation de naissance. Sont évaluées dans ces tests la relation aux animaux et la relation aux humains.

Aujourd'hui les chiots de mon élevage qui partent au travail de protection des troupeaux restent dans la meute et vivent avec leurs frères et sœurs, au minimum jusqu'à l'âge de 12 semaines. Je commence à leur parler lorsqu'ils sont encore dans le ventre de leur mère. Je les manipule tous les jours après leur naissance. Ils sont mis en contact avec toutes sortes d'animaux différents. Ils ont également accès en permanence à des jouets. Le jour de leur départ ils savent marcher en laisse et rester à l'attache sans difficulté.

Entre 4 et 8 semaines les chiots partent d'eux même, chacun à son rythme, à la découverte du troupeau en passant sous les barrières de la bergerie et en rejoignant les chèvres et les brebis.

Entre 8 et 12 semaines les phases de jeu et de poursuites sont très importantes entre chiots d'une même portée, de même que les expériences de soumission aux adultes. Il est essentiel que les jeunes ne soient pas privés de ces confrontations au sein de leur propre espèce. C'est pendant cette période que les chiots apprennent à marcher en laisse et à rester à l'attache. C'est pendant cette période qu'ils commencent à suivre spontanément le troupeau qui part au pâturage encadré par les chiens adultes.

Dans les faits, cette méthode d'élevage s'adresse aussi bien aux chiots destinés à la protection des troupeaux qu'à la compagnie puisque systématiquement dans mes portées les chiots partent pour l'une et l'autre de ces destinations. Les chiots qui partent pour la compagnie ne peuvent d'ailleurs que bénéficier des multiples stimulations offertes par la vie dans une ferme.

Le chien de protection : un « outil » ou un compagnon du berger ?

Considérer les chiens de protection comme de simples outils c'est ignorer les relations fortes qui existent entre le berger, son troupeau et ses chiens.

Réduire les chiens de protection à cette seule « fonction mécanique » c'est continuer à les stigmatiser et à rendre toujours plus problématique leur acceptation par les bergers des Alpes. Le Montagne au travail apporte bien plus que de la simple protection au berger et à son troupeau, il participe à une véritable symbiose. Le Montagne doit travailler avec son berger et non pas être abandonné seul au troupeau.

Un berger peut aussi éprouver de la satisfaction et de la fierté à travailler avec des chiens magnifiques comme le sont les véritables Chiens de Montagne des Pyrénées.

Il ne faut pas oublier que la première motivation des éleveurs de chèvres et de moutons c'est la passion pour un métier... difficile, très contraignant et fort peu rémunérateur. La beauté du troupeau et des chiens qui accompagnent les bergers chaque jour nourrit leur âme et les fait tenir, malgré les contraintes toujours plus lourdes qui les accablent dont le retour des grands prédateurs.

La mise au travail d'un chiot qui n'aurait pas grandi au sein d'un troupeau est tout à fait réalisable ... Unnano du Néouvielle, Caya de la Vallée du Bois Doré, D'Hara Soum du Prat d'Ourey et Dune Soum du Prat d'Ourey en sont la preuve vivante dans mon exploitation agricole. Leurs descendants directs sont aujourd'hui au travail dans les 22 troupeaux qui m'ont fait confiance et je ne parle même pas de leurs petits-enfants dont je ne maîtrise pas la destinée !

Mes chiens LOF, non nés au troupeau, ont produit des protecteurs réellement exceptionnels. C'est le cas de Bougnette du Hogan des Vents issue de ma toute première portée. Elle est tellement attachée aux chèvres que je suis obligé de la sortir de force du troupeau pour la faire manger.

Cela confirme le fait que les « patous » actuels sont toujours des protecteurs nés. Contrairement à d'autres races utilitaires, la distinction entre lignées de travail et lignées d'exposition n'a pas lieu d'être pour le Chien de Montagne des Pyrénées. Leur patrimoine génétique, préservé grâce au formidable travail de sélection des éleveurs, ne demande qu'à être mis en valeur dans cette fonction première qu'est la protection des troupeaux.

Tester les chiots Montagnes des Pyrénées destinés au troupeau

Chacun des 7 tests composant le protocole que je propose se déroule en quelques minutes. L'ensemble des tests est réalisable en moins de 20 minutes. Les chiots auront été évalués par leur naisseur, selon ce même protocole, la semaine précédant leur départ. Un deuxième test sera réalisé le jour du départ en présence du naisseur et du nouveau berger. Pendant ces tests le chiot est bien sûr isolé de sa meute.

L'objectif de cette démarche est de valider l'aptitude au travail du chiot et de préciser la fréquence de son suivi ultérieur par le naisseur et/ou le technicien pastoral afin de corriger si nécessaire son comportement ou celui de son maître. Le meilleur des chiots peut être irrémédiablement gâché par un mauvais maître. Intervenir précocement est un impératif pour résoudre un problème de comportement chez le chiot.

Deux séries de notations sont donc affectées à chaque chiot de façon à relativiser, si nécessaire, la deuxième évaluation. En effet le chiot peut être attiré ou perturbé par les odeurs de troupeau ou de chiens portées par ses nouveaux propriétaires (voir un exemple en ANNEXE). Ces tests permettront d'éliminer immédiatement de la destination « travail » des chiots potentiellement problématiques.

Avant les tests, le chiot devra avoir mangé et être tranquille et ne pas sortir d'une grande période d'excitation. Les tests ne seront pas réalisés en conditions climatiques extrêmes.

En terme de maniabilité du chien tout se joue pendant le premier mois de présence au nouveau troupeau. Il est particulièrement important de consolider pendant cette période la relation « chiot-berger-troupeau » à travers des exercices simples et rapides. Je conseille aussi aux bergers, qui sont souvent réticents, de laisser leurs chiens manger les placentas, les morts nés et les cadavres qu'ils gardent en les consommant partiellement. Les Montagnes lèchent aussi les agneaux ou les chevreaux nouveaux nés juste après leur expulsion. Tous ces comportements sont normaux. Il ne faut surtout pas les interdire ou pire encore les sanctionner.

Ce protocole expérimental est disponible auprès de l'auteur de l'article ou sur http://hogandesvents.chiens-de-france.com/