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Un éleveur sous pression craque

Communiqué du 23 août 2012

L'éleveur de Saint-Martin d'Entraunes agresseur des agents du Parc du Mercantour témoigne

Un éleveur sous pression craque

Deux agents de l'Etat ont été agressés le 8 août, à Saint-Martin d'Entraunes, dans les Alpes-Maritimes, par un éleveur de moutons excédé par leurs propos, alors qu'ils étaient venus réaliser un constat après une attaque de loup sur son troupeau. Eleveurs et Montagnes a recueilli son témoignage exclusif. Selon nos informations, l'éleveur a réagi à une réflexion de l'un des agents qui lui a dit préférer le loup aux bergers. Didier a 44 ans et 2200 bêtes en alpage. Il est installé depuis 1985 et son casier judiciaire est vierge...
L'association Eleveurs et Montagnes regrette que des agents de l'Etat aient été blessés mais n'est pas surprise que des éleveurs finissent par en arriver à de telles extrémités, étant donnée la pression à laquelle ils sont soumis à cause des attaques de loups. "Un agent de l'Etat n'a pas à prendre position de cette façon. Entendre de tels propos juste après une attaque, il y avait de quoi perdre son sang-froid, a déclaré ce matin Yves Derbez, président d'E&M. C'était une véritable agression verbale. Si on ne fait pas quelque chose, il y aura d'autres drames qui risquent d'être encore plus graves !"

Ci-dessous le témoignage de l'éleveur.

« Le mardi 7 août, j'ai trouvé 2 agneaux en morceaux dans un vallon et le lendemain un troisième. Le mercredi, j'ai donc appelé comme d'habitude le répondeur de la DDTM pour signaler cette attaque et un quart d'heure après, la DDTM m'a rappelé en me disant qu'elle n'avait pas de vacataire disponible sur place pour faire le constat. Elle m'a signalé qu'un agent du parc était présent sur le col des 30 souches et m'a demandé de lui apporter les agneaux là-bas.

« Il m'aurait fallu plus d'une heure pour sortir les agneaux du vallon et encore une autre pour les apporter au col. J'ai refusé et réclamé qu'on fasse le constat sur place. Le ton est monté. Je lui ai raccroché au nez. Vers 14h, j'ai vu arriver les agents du parc à la cabane. J'ai cru qu'on allait se rendre sur place. L'agent qui devait faire le constat avait une sciatique et ne voulait pas se déplacer. Il était déjà venu chez moi une dizaine de fois faire des constats et tout s'était toujours bien passé. Je lui ai dit que je n'en avais plus rien à faire et que maintenant, je voulais défendre mon gagne-pain. Avec l'agent du parc, il y a avait un stagiaire qui m'a dit de me taire et de m'adresser à leurs chefs, en bas. Le ton est monté et le stagiaire a fini par me dire que de toute façon, lui il était pour le loup et que les moutons, il n'en avait rien à faire. Je lui ai dit de dégager, de foutre le camp. La tension est montée et comme il refusait de partir, je n'ai plus pensé à rien. Je me suis révolté et j'ai fait une connerie. J'ai frappé l'autre agent accidentellement.

« Ces paroles-là, elles n'auraient pas dû exister. Je ne les ai pas supportées. Il faut respecter l'homme et son travail ! Je sais que je n'aurais pas dû faire ça. Je n'avais jamais frappé qui que ce soit de ma vie. Mais il arrive un moment où ça explose. Si j'ai commis cet acte, c'est parce que la pression est trop montée. Depuis le mois de juin, nous avons une à deux attaques de loups par semaine. Avant, ils attaquaient la nuit mais maintenant, c'est en plein jour. Nos patous sont débordés et ne peuvent rien faire. On en est à plus d'une quinzaine d'attaques au total. En ce moment, j'ai 25 bêtes disparues qui ne seront jamais indemnisées. Je continue à retrouver des bêtes mortes plusieurs semaines après, qui elles non plus ne seront jamais indemnisées. Le troupeau est stressé et l'an prochain, nous aurons moins d'agnelage. Notre revenu baisse et si ça continue, ça ne sera plus intéressant. Il faut savoir ce qu'on veut : des bêtes sauvages partout et manger de la merde ?

« Moi je suis là pour m'occuper de mon troupeau et pour donner aux gens des agneaux de qualité. Je ne suis pas là pour nourrir les loups ! Après cette histoire, j'ai eu trois autres attaques et personne n'est venu faire le constat. Le préfet a dû demander à la gendarmerie d'intervenir. Je suis abandonné dans la montagne avec mon troupeau et les loups. »

Propos recueillis le 23 août 2012