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Loups : nouveau bras de fer entre éleveurs et associations

Loups : nouveau bras de fer entre éleveurs et associations

Article publié par Le Monde.fr le 15.10.2013

Rassemblés à Lyon au sein du Groupe national loup, une structure de "concertation", les partisans et opposants au loup se sont regardés en chien de faïence, lundi 14 octobre, poursuivant des mois de tensions et de bras de fer.

L'objectif de cette réunion était de désamorcer une situation explosive entre les éleveurs, qui veulent une action plus musclée contre le prédateur qui attaque leurs troupeaux, et les associations écologistes, qui défendent cette espèce protégée.

Mais, après une journée à égrener les motifs de désaccord, les positions des deux bords se révèlent toujours irréconciliables. Deux ONG, Ferus et le WWF, ont même claqué la porte à peine les débats commencés. Le gouvernement, pris en étau, a de son côté donné quelques gages prudents aux bergers afin de mieux protéger les troupeaux sans déclarer une guerre totale au prédateur.

MODALITÉS DE "PRÉLÈVEMENTS"

Principal point d'achoppement : les modalités de "prélèvement" des loups, c'est-à-dire la façon de les abattre tout en restant dans le cadre juridique autorisé. Les loups étant une espèce protégée, à la fois par la convention de Berne de 1979 et par la directive Habitat Faune Flore de 1992, leur régulation est strictement encadrée par l'Etat.

Le plan national loup 2013-2017, adopté en février, prévoit que 24 loups, sur une population globale estimée entre 250 et 300 animaux, peuvent être tués chaque année (contre 11 pour le précédent plan). Ces tirs doivent être menés par des agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), assistés de lieutenants de louveteries, et avoir lieu seulement si les tirs d'effarouchement et de défense ont échoué. Une procédure souvent difficile à mettre en œuvre tant le prédateur est rusé, et qui n'entraîne pas les résultats d'"éducation" escomptés, les loups tués n'étant pas à coup sûr ceux responsables d'attaques.

Lire : "Un plan loup à géométrie variable"

Pendant ce temps, les prédations de troupeaux se multiplient : 5 848 bêtes ont été tuées en 2012, contre 4 920 en 2011 et 2 680 en 2008. Car, depuis son retour naturel dans les Alpes en 1992, la population de loups ne cesse de croître (de 20 % par an, avec 50 nouvelles naissances), de même que son territoire. Le canidé évolue aujourd'hui dans 22 départements, dont, depuis peu, l'Aube et la Haute-Marne, aux portes de Paris. "Quand la meute grossit, les jeunes loups colonisent d'autres territoires ; la probabilité d'interaction avec des troupeaux augmente alors", précise Eric Marboutin, responsable des études sur les loups à l'ONCFS.

ENCADREMENT DES BATTUES

Après un été particulièrement sanglant, l'Etat a pris une décision inédite : autoriser les chasseurs à abattre un loup dans le cadre de leurs battues habituelles aux grands gibiers (sangliers, cerfs, chevreuils, etc.), en Provence-Alpes-Côte-d'Azur, la région la plus touchée. Trois prédateurs avaient alors été tués, suscitant l'émoi des écologistes.

Le bras de fer a alors gagné le terrain juridique. Le 4 octobre, le tribunal administratif de Nice a donné raison à trois ONG, en cassant l'arrêté préfectoral des Alpes-Maritimes, au motif que ces battues n'étaient pas suffisamment encadrées. Un recours en référé a également été déposé contre l'arrêté des Alpes-de-Haute-Provence, dont l'issue devrait être connue d'ici à une dizaine de jours.

Lire : "Alpes-Maritimes : les loups ne pourront plus être tués lors de battues au gibier"

"On va chercher des solutions juridiques pour que ces arrêtés préfectoraux deviennent inattaquables. Il s'agit de trouver le bon cadre juridique pour que dans les zones de forte prédation les chasseurs puissent continuer à prélever des loups lors de battues. Car le gouvernement veut faire baisser la prédation sur les élevages, dans le respect de la réglementation", explique Christophe Castaner, président du Groupe national loup et député des Alpes-de-Haute-Provence.

Cette position, si elle penche du côté des éleveurs, ne satisfait pourtant aucun des deux camps. "Les battues sont incontrôlables, car elles rassemblent trop de chasseurs. Les prélèvements de loups doivent être strictement encadrés et menés par des agents assermentés de l'ONCFS, avec des chasseurs", s'indigne Jean-David Abel, responsable du dossier à France Nature Environnement, la seule association encore présente au Groupe national loup. "On reste très dubitatifs sur la capacité du gouvernement à prélever 24 loups gênants cette année, lâche Frank Dieny, secrétaire général de la Fédération nationale ovine. C'est pourquoi on souhaite une révision du statut de conservation du loup." Un point sur lequel le gouvernement a refusé de céder.

Audrey Garric