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Bernard Andries, lieutenant de la louveterie, une institution vieille de 1200 ans

Bernard Andries, lieutenant de la louveterie, une institution vieille de 1200 ans

Article publié le 20/10/2013 par La Voix du NordSans aller jusqu'à dire que Bernard Andries est aussi farouche qu'un loup, il aura fallu quelque temps de traque pour réussir à le convaincre de parler de son activité de lieutenant de louveterie, sur laquelle il reste discret.

L'homme est pourtant connu comme... le loup blanc en Flandre intérieure, d'abord comme médecin dermatologue depuis trente-cinq ans à Hazebrouck, ville où il a aussi été élu au conseil municipal pendant deux mandats.

Il a également été administrateur à la fédération de chasse du Nord il y a une vingtaine d'années, sans parler d'engagements associatifs comme au Lions club (mais ces « Lions » n'ont aucun rapport avec la chasse !).

Tombé dedans tout petit

La chasse, Bernard Andries est tombé dedans tout petit, à Rexpoëde dont il est originaire : « J'accompagnais mon père le dimanche dès l'âge de 10ans. J'ai demandé mon premier permis de chasse à l'âge de 16ans et cette année, c'est mon quarante-neuvième. » Son premier fusil ? « Je l'ai eu pour mes 16ans, un calibre12 juxtaposé qui venait d'un oncle. » Alors, comment passe-t-on de « simple » chasseur à lieutenant de louveterie ? Assurément par passion, mais ça ne suffit pas.

Il y a des conditions à remplir, des capacités à posséder et un oral à passer avant d'être nommé par le préfet pour une période de cinq ans avec une limite d'âge de 75ans pour l'exercice de cette mission (lire ci-dessous). Ils sont quatre lieutenants de louveterie dans l'arrondissement de Dunkerque.

Bénévolat total

Le bénévolat étant total, le lieutenant de louveterie doit pouvoir subvenir avec ses propres revenus à cette charge qui demande aussi de la disponibilité pour parcourir environ 5000km par an pour les traques de nuit de nuisibles, les réunions, les destructions de corbeaux...

À titre d'exemple, Bernard Andries a effectué l'an dernier quarante sorties de nuit, en général de 22h à 2h, dans son secteur qui comprend les cantons de Cassel et d'Hazebrouck nord et sud.

« On fait tout et on est payé pour rien, mais on le sait », précise Bernard Andries, qui explique avoir « fortement réduit mon activité médicale – je ne l'exerce plus qu'un jour par semaine – ce qui me permet de me consacrer à la louveterie ».

Si les attributions du lieutenant de louveterie sont multiples et ne se limitent pas à organiser des battues, Bernard Andries les résume assez simplement : « On n'est pas là pour détruire, mais pour calmer le jeu. »

Il se voit avant tout comme un médiateur entre le monde agricole et les chasseurs et comme un conseiller des administrations concernées.

ZOOM: plus de loups, mais des choucas...

Mis à part dans les Alpes où ils reviennent d'Italie, il n'y a plus de loups dans notre pays. Mais il y a les espèces reconnues nuisibles pour lesquelles le lieutenant de louveterie assure une régulation. Pour d'autres, il peut être une vigie qui annonce des problèmes à l'horizon.

C'est le cas pour les choucas, ces sortes de petits corbeaux au cri agaçant qu'on entend aussi bien en ville qu'en campagne. Il s'agit actuellement d'une espèce protégée : même le lieutenant de louveterie n'a pas le droit d'intervenir, il faudrait une autorisation ministérielle. Selon Bernard Andries, le risque grandit notamment avec les choucas dans le secteur de Bavinchove. Ils se multiplient et font leurs nids dans les cheminées, ce qui peut les boucher, provoquant des risques d'incendie ou d'asphyxie.

Concernant les espèces classées nuisibles, en revanche, le lieutenant de louveterie peut intervenir à la demande du préfet ou du maire pour réguler la population des corbeaux freux, qui vivent en groupe. Bernard Andries cite à cet égard l'exemple d'Ebblinghem où, « tous les ans, on réduit leur nombre de deux cents à quatre cents car il y a plusieurs centaines de nids qui provoquent des nuisances pour les gens, sonores, mais aussi par leurs fientes et par les dégâts qu'ils font aux cultures ».

Un autre animal que connaît bien le lieutenant de louveterie, c'est le sanglier. Quand ils sortent en lisière de forêt et commettent des dégâts aux cultures, il est souvent sollicité par les agriculteurs. Il doit alors apprécier s'il faut pratiquer un simple tir d'effarouchement (de nuit) ou de destruction. Dans ce cas, il tirera toujours un ou deux jeunes, mais jamais la mère, qui évitera ainsi ensuite de revenir avec ses petits dans ce secteur.

Dans des cas plus rares mais tout aussi importants, le lieutenant de louveterie peut être sollicité pour des animaux présentant un danger pour la sécurité publique. Ce fut le cas pour un chevreuil qui avait passé les grillages et errait le long d'une voie TGV du côté d'Armentières, ou encore pour d'autres qui se promenaient près de l'aérodrome de Merville, ce qui a nécessité de fermer les pistes durant la nuit pour l'intervention.

CHRISTIAN TAFFIN