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Le retour des loups décourage les éleveurs des Vosges

Le retour des loups décourage les éleveurs des Vosges

Article publié le 9 août 2011 sur La Croix.com

Dans la nuit de dimanche à lundi 8 août, un loup a encore tué un agneau, ce qui porte à 49 le nombre de victimes du prédateur cet été. Face aux éleveurs lassés par les attaques, la ministre de l'écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a annoncé la tenue fin août d'un comité pour étudier la possibilité de tirs de défense à l'année. Le tableau de chasse des loups vient de s'allonger dans les Vosges. Un animal a encore frappé dans la nuit de dimanche à lundi chez un éleveur qui avait déjà subi huit attaques, dont celle de deux agnelles mercredi 3 août. « Sur l'une, témoigne Jean-Yves Poirot, il ne restait que la tête, le cou et les épaules. Sur l'autre, les épaules, le cœur, les poumons et les deux gigots avaient été mangés. Ce que je ressens ? De la tristesse et du dégoût. »

Depuis avril, 49 moutons appartenant à six éleveurs et à un lycée agricole, ainsi qu'un poulain, ont été tués par les prédateurs – sans compter les blessés. Deux photographies d'animaux distincts attestent que les loups sont bien de retour. « D'après leurs déplacements, ils se sont installés sur une zone de 40 000 ha qui peut correspondre à une meute d'une certaine importance », estime Jean-Luc Valérie, auteur-photographe animalier lorrain, dont le dernier ouvrage, Le retour du loup en Lorraine (Éd. Gérard Louis, octobre 2010), annonçait l'épisode actuel. Il est l'un des rares à juger ce retour, après quasiment un siècle, comme « une excellente nouvelle », pour une simple raison : « Il va contrôler les effectifs de gibier qui pullulent dans les forêts lorraines. »

Un « comité national loup »

Les éleveurs victimes ne voient pas les choses de la même façon. Pas plus que le député UMP du secteur, François Vannson, partisan comme eux de pouvoir tuer les animaux avant qu'ils ne prolifèrent. La ministre de l'écologie Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé pour fin août un « comité national loup » où sera étudiée la possibilité de tirs de défense à l'année, dans les régions touchées l'année précédente. En attendant, les éleveurs, qui ont commencé à percevoir des indemnisations, attendent toujours la personne que le préfet a promis de recruter il y a quinze jours pour les aider à la surveillance des troupeaux. Ils en réclament même une deuxième.

Une profession déjà fragile

« Je mets du parfum et laisse la radio branchée dans mes parcs, pour faire croire à une présence humaine, explique Jean-Baptiste Mangel, éleveur à Cornimont, qui a perdu une bête. Je me montre deux fois par jour et j'essaie de rallonger mes clôtures jusqu'à 1,60 m de haut. » Il estime possible une cohabitation avec le loup, qui a « une place dans l'écosystème ». Mais pour cela, il faudrait de gros moyens. Pour l'heure, « plusieurs d'entre nous réfléchissent à tout arrêter », assure-t-il. Car la profession est déjà fragile. Quasiment tous ici, faute de ressources suffisantes, exercent un deuxième métier comme saisonnier. Jean-Baptiste Mangel regrette déjà amèrement d'avoir abandonné en mars un poste d'ouvrier de nuit, croyant pouvoir s'en sortir.

Élise Descamps, La Bresse (Vosges)