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Vosges : les éleveurs ont besoin d'un répit

Le loup privé de bétail cet hiver

Article publié par le Républicain lorrain Quotidien (Luxembourg), le 24 novembre 2011

«Tout ce qu'on souhaite, c'est que le loup soit éradiqué de notre massif», martèle Jean-Yves Poirot (à gauche), l'éleveur vosgien le plus concerné, avec 19 attaques pour 35 pertes à ses dépens

À l'heure où les élevages entrent en bergerie pour l'hiver, les éleveurs continuent à réclamer la tête du loup des Vosges. Quarante-cinq attaques reconnues, pour un tableau de chasse de 133 ovins tués. C'est le bilan du retour du loup dans les Vosges.

"Cela va nous faire un peu de répit." Jean-Baptiste Mangel, éleveur d'ovins à Cornimont (Vosges), ne cache pas son soulagement. Dans quelques jours, il rentrera ses 470 bêtes dans leur bergerie pour l'hiver. Une accalmie d'au moins quatre mois synonyme de trêve des confiseurs pour le loup des Vosges. Dans la vallée de La Bresse, la pause est la bienvenue tant l'animal échauffe les esprits depuis sept mois. Deux nouvelles attaques ont encore été enregistrées la semaine dernière. Mais l'histoire retiendra que c'est à Ventron, le 12 avril 2011, que tout a commencé. Pendant les trois premiers mois, les massacres se suivent et se ressemblent. En l'absence d'éléments tangibles, les autorités ne peuvent les imputer qu'à un «grand canidé». Une première photo en juin, puis une deuxième en juillet, viennent enfin confirmer l'évidence. Canis lupus est de retour dans les Vosges.

La cohabitation entre cette espèce protégée et les éleveurs locaux s'annonce complexe. Selon ces derniers, son tableau de chasse s'élèverait déjà à 150 ovins. Le décompte de la préfecture fait état, lui, de 133 pertes. Après Ventron, le «serial croqueur» a sévi à Cornimont, La Bresse, Thiéfosse, Le Thillot, Saulxures-sur-Moselotte. Soit dans un vaste périmètre situé autour de La Bresse.

«Éradiquer le loup»

Mais sa dernière attaque, le 15novembre, beaucoup plus au sud, à Fresse-sur-Moselle, à une quinzaine de kilomètres de Remiremont, laisse entendre qu'il étend son périmètre de chasse. Une migration peut-être liée aux tirs d'effarouchement donnés à son encontre. La mesure, autorisée par la préfecture, a été utilisée à plusieurs reprises en octobre, «mais n'a pas eu l'effet souhaité», ne peut que constater la préfecture. Les éleveurs prônent une solution plus radicale. «Tout ce qu'on souhaite, c'est que le loup soit éradiqué de notre massif», martèle à longueur de semaines Jean-Yves Poirot, le plus concerné, avec 19 attaques pour 35 pertes à ses dépens. L'Etat ne l'entend pas de la même oreille. Les tirs de prélèvement sont possibles, mais rarissimes. Et avant d'en arriver-là, les Vosges devront passer au préalable par la case tirs de défense, permettant d'agir lors d'un flagrant délit.

Ayant essayé bon nombre de mesures, les éleveurs commencent à trouver le temps long. Les 21000 euros d'indemnisation versés par la préfecture? «On touche 120 à 150euros par brebis suivant si elle est pleine ou pas, et 90 euros pour un agneau mâle. Cela ne compense pas la perte», estime Jean-Yves Poirot. Les clôtures électriques? «Elles n'empêchent rien. Le loup tourne autour et les brebis finissent par les franchir, dans la panique», commente Jean-Baptiste Mangel. L'aide-berger payé à hauteur de 80% par l'État (7700 euros depuis le début de son contrat)? «C'est une mesure positive pour nous soulager dans nos tâches quotidiennes, mais cela ne va pas plus loin.»

Le regroupement des lots en un minimum de pâturages? «Impossible pour des problèmes de surpâturage, de maladies qui se propageraient à cause d'animaux trop concentrés...» Dans une quinzaine de jours, Olivier Munsch et Jean-Yves Poirot vont se doter d'un chien patou, cet imposant chien de montagne des Pyrénées. Une solution qui fait débat: «C'est une lourde responsabilité. J'ai cinq lots de pâturage, donc il m'en faudrait plusieurs. Je ne me sens pas de taille à m'en occuper et puis on dit que cela présente un risque pour les promeneurs», s'excuse presque Jean-Baptiste Mangel. Pour le berger de Cornimont, la solution ne peut être qu'administrative : «La convention de Berne, qui protège le loup, est aujourd'hui inadaptée. Il faut l'assouplir.»

Philippe Marque