French Dutch English German Italian Russian Spanish

Revue de presse

Accueil Revue de presse ALEX (HAUTE-SAVOIE) Une chaîne de solidarité se noue autour de l'éleveur brisé

ALEX (HAUTE-SAVOIE) Une chaîne de solidarité se noue autour de l'éleveur brisé

ALEX (HAUTE-SAVOIE) Une chaîne de solidarité se noue autour de l'éleveur brisé

Article publié par le Dauphiné libéré le 2 février 2012

Prune, qui avait été gravement blessée lors de l'attaque du prédateur, est la seule qui avait survécu. Las, elle est décédée la nuit suivante, portant ainsi le bilan du passage du loup à un ravage total de l'élevage de Jean-Baptiste Salignac.

Prune est morte. Dernier et choquant chapitre de la première attaque de loup sur la rive sud du Fier. L'étai de l'espoir du jeune éleveur de moutons de race ancienne s'est effondré dans la nuit de lundi à mardi. Égorgeant les cinq bêtes de Jean-Baptiste Salignac, le prédateur a fait l'imprécation définitive de ses douleurs, l'emphysème de ses faiblesses. L'âme abîmée, l'esprit rancunier, il vit suspendu à la liesse épistolaire qu'a suscitée son malheur.

Ses mots durs, qu'il confie à l'écriture (« Je jette l'éponge. Je ne veux plus faire subir cela à aucune de mes bêtes. Le risque est trop grand ») ont rendu sensible près de 200 personnes qui savent où est le cœur. Les auteurs des 200 mails qu'il a reçus en 24 heures, après la parution de l'article dans nos colonnes. Sur internet, l'histoire a été consultée plus de 7 000 fois.

« Je veux les remercier, même ceux qui m'ont appelé. Je leur ai tous répondu, toute la nuit... » Abandonnant sa mélancolie, hier, au Secours Populaire à donner de son temps, comme bénévole, le jeune Charentais rendra à la nature les lambourdes et montants de bois qui préfiguraient la bergerie à venir. Débarqué en Haute-Savoie en 2003, il laissera à Ouessant les 25 autres têtes de son cheptel. Plus de doute.

Il ne reprendra son projet de ferme écologique

Le spleen, à l'image d'un grand paquebot, glisse plus sûrement à l'intérieur de son cerveau, qui cogite façon grand vent. Des écologistes en ont rajouté, sur internet. Des confrères du Vercors, de l'Isère, de Bretagne ont soutenu, en revanche, cet étrange personnage en vérité. Pétri de gentillesse et de vraie simplicité, mais secoué par ce coup du sort qui l'a brisé.

« Les gens, pour moitié, comprennent l'évidence : le loup n'a pas sa place dans les régions de pâture. Il y a déjà les difficultés au quotidien de l'élevage : soins, finances, matériel, météo, chiens errants, agnelages... Pourquoi en rajouter une, stupide et barbare ? D'autres expliquent qu'il faut accepter... Non ! Ceux-là ne savent pas la souffrance générée ! »

Il dit sa rage de voir des « moutons morts pour rien », tués, non mangés, son ironie face aux « clôtures inefficaces ». Il cause "peine", "drame", "regret". Jusqu'à fléchir dans le sarcasme : « Mes bêtes sont à leur place sous la neige, nous ne pouvons nous résigner à l'équarrissage et le froid nous aide à recouvrir cette folie. Cette nuit, je regardais le renard manger Noisette (NDLR : une des bêtes tuées), c'est peut-être étrange, mais cela est réconfortant que ce cataclysme ne soit pas perdu pour tout le monde. »

Jean-Baptiste Salignac reçoit les courriels sur sa boîte de réception : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

LES FAITS

Dans la nuit de dimanche à lundi au hameau de Villard-Dessus, à Alex, quatre brebis sont égorgées, une grièvement blessée, dans l'élevage de Jean-Baptiste Salignac. Jeune agriculteur originaire de Charente, débarqué dans la commune il y a trois ans, il avait le projet d'ouvrir là une bergerie pour cette race ancienne, dont on dénombre seulement 3?000 têtes en France. La cinquième bête attaquée est décédée. Il remet en question sa construction.

C'EST BIEN LE LOUP

Les agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage ont formellement acté l'œuvre du loup. Une louve répertoriée, en fait, qui a sauté une clôture de 1,20 mètre. Ils se sont basés sur les traces laissées dans la neige. C'est la première attaque sur la rive sud du Fier.