French Dutch English German Italian Russian Spanish

Revue de presse

Accueil Revue de presse VOSGES : un deuxième loup attaque

VOSGES : un deuxième loup attaque

VOSGES - Secteur de Grand

Un deuxième loup attaque dans la Plaine

Article publié par Vosges Matin le 11 mai 2012

De retour dans les Vosges depuis l'an dernier, le loup était jusqu'à présent localisé dans la montagne, autour de La Bresse. Mais depuis avril, un deuxième prédateur sévit sur la Plaine, dans le secteur de Grand. La préfecture l'a reconnu, hier, à mots couverts.

«J'ai cru, au début, que c'était des chiens qui avaient attaqué mes bêtes. Mais ce n'était pas possible car il n'y avait aucune trace de lutte », raconte Michel Mongin. A ses côtés, dans sa bergerie de Bréchainville, près de Grand, son neveu complète, presque admiratif : « Les blessures étaient propres et nettes. Ce n'était pas des chiens ». Non, c'est un loup qui attaqué les troupeaux de son oncle.

Le prédateur a attaqué quatre nuits d'affilée début avril. Cela a démarré dans la soirée du 5 au 6. « Il m'a zigouillé sept brebis. Une autre le lendemain. Encore deux le surlendemain. Et trois le dernier soir », compte Michel Mongin.

L'éleveur de moutons est le premier à avoir été touché. Trois de ses confrères installés, comme lui, sur le secteur de Grand, à l'ouest de Neufchâteau, ont ensuite fait, à tour de rôle, de macabres découvertes dans leurs prés. Un éleveur du secteur de Midrevaux a d'abord encaissé cinq attaques qui ont fait une dizaine de victimes.

Puis, cela a été un troupeau en lisière du village d'Avranville qui a été pris pour cible dans la nuit du 30 avril au 1 er mai. « Deux brebis ont été tuées, une troisième dévorée et une quatrième est morte de ses blessures. Quand on démarre dans une activité, comme moi, on n'a vraiment pas besoin de ça », explique le propriétaire des animaux, Cyril Soyer, un jeune éleveur qui a repris la ferme familiale il y a trois ans.

Pour lui, pas l'ombre d'un doute, c'est un loup qui a semé la terreur dans son troupeau. Il en a la certitude depuis le départ : « Les agents de l'ONC (Office National de la Chasse) qui sont venus faire les constatations sur les cadavres de mes bêtes en étaient persuadés ».

Les attaques de ses moutons, comme toutes celles qui ont eu lieu dans la plaine depuis un peu plus d'un mois, se sont en effet déroulées selon le même scénario, typique du loup. L'animal attrape sa proie au niveau du cou, sur le côté, derrière l'oreille. Ensuite, il l'étrangle avec ses crocs et la saigne. « Les blessures sont impressionnantes. On peut passer un doigt à travers », s'étonne Cyril Soyer.

Secret de Polichinelle

Autre preuve qu'il s'agit d'un loup : « Lorsqu'il dévore une bête, il ne mange quasiment pas de viande. Juste le cœur, les poumons et le foie », précise Cyril Soyer. A cela s'ajoute l'empreinte retrouvée par les agents de l'ONC dans un petit bois à proximité du pâturage où ses brebis ont été tuées. « Elle ressemble beaucoup à celle d'un loup », reconnaît Benoit Clerc, le chef du service départemental de l'ONC, dont les hommes ont effectué un moulage de l'empreinte.

Malgré ce faisceau d'indices plus que troublants, son service, en particulier, et les pouvoirs publics, en général, sont restés étrangement discrets sur la présence d'un deuxième loup dans le département après celui apparu l'an passé dans le massif vosgien. Ce n'est qu'hier, dans un communiqué, que la préfecture a abordé ce qui était en train de devenir un secret de Polichinelle.

Elle a reconnu que « 38 ovins » avaient été tués dans la région de Grand. « Les expertises [...] n'ont pas écarté l'hypothèse de prédations par un loup », a ajouté la préfecture. Sachant que jamais les expertises ne concluent de façon formelle et affirmative à la responsabilité du loup, cette formulation prudente est une véritable reconnaissance de la présence du prédateur redouté dans la Plaine. Les quatre éleveurs victimes seront d'ailleurs indemnisés. Ce qui ne règle toutefois pas le problème. Loin de là.

« Le détruire par n'importe quel moyen »

« On entre dans la période de procréation. Mais si les brebis sont stressées par le loup, elles risquent de ne plus être fertiles », s'inquiète Cyril Soyer qui a décidé de rentrer ses bêtes tous les soirs dans sa bergerie. D'autres ont trop d'animaux et trop dispersés pour pouvoir adopter cette stratégie de défense. C'est le cas des frères Morlot qui ont un élevage de 900 moutons à la sortie de Grand. Ce sont eux qui ont subi les attaques les plus récentes. Trois d'affilée. La dernière remontant à la nuit de mardi à mercredi.

« Il faut détruire le loup par n'importe quel moyen. C'est la seule solution. Sinon il va proliférer », soutien l'un des deux frères. Ce qui reflète l'opinion générale des éleveurs dans la Plaine. Mais la préfecture privilégie les mesures préventives (lire ci-dessous). Pas question pour l'instant d'autoriser à tirer sur le loup. « Je m'en moque. Si je le vois, je lui fais avaler son bulletin de naissance », affirme, l'œil rusé et le sourire aux lèvres, Michel Mongin, le premier éleveur victime. En compagnie de son fils et de deux copains, il a d'ailleurs monté la garde l'arme au poing devant son troupeau début avril. « Nous étions prêts à tirer à vue. Mais le loup ne s'est pas montré... Et il n'est plus revenu chez moi depuis ».

Christophe GOBIN