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De plus en plus de loups en France

De plus en plus de loups en France

Article publié par le Figaro le 10 août 2012
La présence de ce prédateur, réapparu dans notre pays il y a vingt ans, fragilise l'élevage de montagne. Il y a vingt ans, les loups rentraient dans le Mercantour. En octobre 1992, très précisément, le prédateur établissait ses quartiers dans ce massif du sud-est des Alpes, proche de la frontière italienne qu'il a traversée sans demander l'avis de personne. Cet animal de légende qui suscite les passions les plus contradictoires faisait ainsi son grand retour en France dont il avait été officiellement chassé depuis 1937. Pour le meilleur, si l'on privilégie la préservation de la biodiversité, ou pour le pire lorsque le fauve prélève sa dîme dans les troupeaux, notamment de moutons, qui ont le malheur de croiser sa route.

Depuis, ses effectifs n'ont cessé de croître. Selon les dernières statistiques que vient de publier l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), la France comptait environ 250 loups au sortir de l'hiver 2011-2012, soit deux fois plus qu'il y a six ans! L'aire de répartition ne cesse également de s'étendre . Si les effectifs sont principalement concentrés dans les Alpes, de nouveaux foyers sont apparus dans le sud des Vosges et à l'est des Pyrénées. «Curieusement, les analyses génétiques ont montré que ces loups ne viennent pas d'Espagne mais sont, comme les autres, originaires d'Italie», explique Pierre Migot, responsable du service de recherche à l'ONCFS. Ce qui suggère qu'ils ont progressivement essaimé sur le territoire à partir du foyer originel. Enfin, la présence du carnivore est suspectée dans le Jura, le Lot et la Lozère.

Une présence mal acceptée

Au total le nombre de zones de présence permanente (ZPP), c'est-à-dire là où le loup est observé pendant au moins deux années consécutives, est passé de 27, l'an passé, à 29 dans le dernier bilan de l'ONCFS, dont 19 abritent des meutes bien constituées. Une expansion qui se traduit par des pertes grandissantes pour les éleveurs, principalement dans les zones de montagne où l'animal s'établit le plus souvent. Selon les années, entre 15 et 25 % des troupeaux ovins sont touchés, entraînant la perte d'environ 4 500 moutons sur un cheptel national de 700.000 têtes. La plupart des élevages ne subissent que une à deux attaques par saison mais certains en déplorent jusqu'à 5 et parfois 10! Certes l'éleveur est indemnisé, bien au-delà de la valeur marchande des bêtes (l'État y consacre entre 7 et 8 millions d'euros par an) mais, dans les régions où la densité de loups est la plus importante, la présence du fauve est de moins en moins bien acceptée.

Dernièrement, ses opposants ont reçu un renfort de poids, en la personne de... José Bové. «Si le loup risque d'attaquer un troupeau, la meilleure façon de faire, c'est de prendre le fusil et de tirer», a déclaré, le mois dernier, sur une radio locale de Lozère, là où la présence du loup est suspectée, l'ancien leader de la Confédération paysanne. Des propos vivement condamnés par l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) qui a décidé de traîner le député européen Europe Écologie-Les Verts (EELV) devant les tribunaux pour «incitation à la destruction d'espèces protégées».

«Des bergers plutôt que des Canadair»

«Aujourd'hui, le sentiment des éleveurs, c'est qu'ils sont laissés pour compte dans les territoires», argumente José Bové, en mettant en avant le rôle essentiel du pastoralisme dans la lutte contre la désertification rurale et les incendies. «Le fait de manger l'herbe empêche le feu de proliférer. Je préfère qu'on ait des bergers plutôt que des Canadair», a-t-il ajouté. Le pourfendeur des OGM et de la malbouffe a reçu plusieurs soutiens. «Dans ce débat invraisemblable, si l'ont doit choisir entre le pastoralisme et le prédateur, il faut choisir le pastoralisme», a réagi avant-hier Jean-Louis Chauzy, président du Conseil économique, social et environnemental (Ceser) de Midi-Pyrénées. Fin juillet, l'ancienne garde des Sceaux et députée européenne Rachida Dati montait elle aussi au créneau, demandant à la ministre de l'Écologie, Delphine Batho, de prendre «des mesures immédiates» pour protéger les éleveurs et faire évoluer la réglementation. «Si le loup peut poser ponctuellement des difficultés, il n'est en rien responsable des problèmes de la filière élevage qui sont bien antérieurs à sa présence dans notre pays» estime l'association Ferus.Les négociations sur la mise en place du nouveau plan d'action national loup pour la période 2013-2017 promettent d'être animées.

Marc Mennessier