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Polémique sur le loup

Polémique sur le loup

Article publié par Vosges Matin le 11 août 2012

En 20 ans, les effectifs du prédateur n'ont cessé de croître en France.

Depuis le retour du loup en France, il y a vingt ans, le ministère de l'Écologie marche sur des œufs. La moindre attaque ici ou là, la moindre perte de cheptel sur les estives et la polémique ressurgit, à l'image de la récente prise de position « radicale » contre le prédateur de l'ex-éleveur de brebis et eurodéputé écologiste José Bové.

Pris entre deux feux, l'État tente donc l'apaisement par tous les moyens, y compris par les chiffres. Le dernier communiqué du ministère en est l'illustration : au 25 juillet dernier les raids de Canis lupus contre les troupeaux seraient légèrement en baisse, soit 497 attaques depuis le début de l'année contre 585 à pareille époque en 2011.

Une donnée à relativiser, voire carrément à oublier, car tous les spécialistes de l'espèce savent que le pic des attaques se produit de la mi-août à la mi-septembre ! « Le gros de la vague est devant nous. C'est le type même d'information qu'il faut diffuser avec prudence, car elle est trop prématurée », confie Eric Marboutin, chef de projet Loup/lynx au Centre national d'études et de recherches appliquées (CNERA) Prédateurs et animaux déprédateurs de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) basé à Gières, dans la banlieue de Grenoble.

Une poignée en 1992, 250 actuellement

Le ministère détaille en outre le nombre de ces attaques et de leurs victimes dans les 12 départements concernés par son Plan/Loup. Un programme où figurent cette année les Vosges, le Haut-Rhin et la Haute-Saône. Sans surprise, les Alpes-Maritimes arrivent en tête, suivies du Var et du massif vosgien où les assauts du canidé ont fortement progressé : 48 attaques reconnues et 165 victimes au 25 juillet dernier pour 45 agressions et 133 ovins tués fin novembre 2011.

Dans les Vosges, devenues Zone de présence permanente (ZPP) après deux années consécutives d'observation, le prédateur est fixé. Selon le dernier bilan du Réseau loup de l'ONCFS, son suivi atteste d'une implantation dans un secteur qui englobe les communes de Ventron, Cornimont et La Bresse. Le typage génétique réalisé sur les excréments, poils et urines récoltés sur le terrain identifie une femelle, tandis que les clichés des pièges photographiques trahissent la présence d'un mâle. « Il est cependant trop tôt pour parler de meute dans la mesure où l'on ne sait pas si ces animaux sont tous deux matures », souligne le Réseau.

Deux pionniers avérés et peut-être plus depuis qu'un nouveau « foyer » d'attaques a surgi au printemps dans le bassin de Neufchâteau. Dans les Vosges, comme ailleurs en France, l'animal est en expansion. L'ONCFS évalue désormais sa population « autour de 250 individus », précise Eric Marboutin, « le nombre de ZPP est passé de 27 l'an dernier à 29 cette année dont 19 abritent des meutes constituées ».

Dans ce dossier, le ministère qui va organiser cet automne une réunion de concertation pour élaborer un nouveau plan national d'action sur le loup pour la période 2013-2017, avance en terrain miné. Il le sait et ce n'est pas en publiant des données voulues rassurantes, mais beaucoup trop prématurées qu'il calmera les esprits sur les pentes des Hautes-chaumes ou des alpages.

Patrice COSTA