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José Bové et ses brebis pastoralisme

José Bové et ses brebis


Article de Eric Conan publié dans Marianne 1-7 09-2012
 
Les écologistes ont de nouveau montré leur allergie au réalisme et leur inaptitude à la nuance à propos du nucléaire. Arnaud Montebourg en a fait les frais pour avoir rappelé une évidence : que l'on soit pour ou contre, cette filière a, aujourd'hui et encore pour un bout de temps, un avenir en France.
Un autre épisode récent, moins dérisoire qu'il n'y paraît et dont la victime, José Bové, est cette fois-ci un des leurs, illustre davantage l'étrange
préférence des Verts pour les slogans et les excommunications. Qu'a dit José Bové ? " Pour moi, les choses sont claires : si le loup risque d'attaquer un troupeau, la meilleure façon de faire, c'est de prendre un fusil et de tirer. " Manière directe de lancer le débat sur les ravages croissants du loup dans les élevages de montagne. Plutôt que de lui répondre, des militants ont illico déposé plainte contre lui ! Et exigé des dirigeants d'Europe Ecologie qu'ils se "positionnent clairement " et " se séparent " de leur député européen déviationniste, traité "d'écologiste Militariste ". Une accusation dont ceux qui se revendiquent " écologistes éthiques " ont souligné la gravité en la traduisant par le mot qui tue : Bové n'est qu'un " populiste ".
Un communiqué des hautes instances des Verts a donc désavoué le coupable et rappelé la ligne officielle : " Ce n'est pas le loup ou le berger, comme dit José Bové, c'est le loup et le berger." Réponse typique de cette " langue de bois écologiste " dénoncée par Bové et qui sert à masquer la réalité,
laquelle, il faut tout de même commencer par là, est d'abord une bonne nouvelle : le loup n'est plus une espèce en péril, il revient en France et prolifère depuis vingt ans, plus de 200 adultes mettant en péril l'élevage extensif. 15 % à 25 % des troupeaux étant touchés selon les régions. Toutes les contraignantes mesures imposées aux bergers (enfermement nocturne des troupeaux, chiens protecteurs, alarmes) sont déjouées par l'intelligence redoutable de l'animal, qui a la manie de tuer ou blesser quelques dizaines de brebis pour ne consommer qu'un cuissot. Et les millions d'euros d'indemnisation dépensés par l'Etat n'y feront rien.
José Bové pose donc les bonnes questions et propose les bonnes réponses : « Il faut savoir : veut-on qu'il y ait encore des paysans, des bergers ? Hntre les éleveurs qui vivent à l'année et le désert rural je choisis les éleveurs ! » Comme pour les chamois et les sangliers, la solution rationnelle est la régulation des loups à laquelle songe d'ailleurs la Suisse, qui n'a guère de leçon à recevoir en matière de protection de la nature.
Cet épisode souliqne deux travers écologistes. D'abord l'ignorance des réalités chez les " écolos urbains " que moque Bové. habités selon lui par le « mythe rousseauiste avec des loups qui lécheraient les agneaux égarés pour les ramener ensuite à leur mère ».

Chez les Verts, un courant de fondamentalistes rêve d'une campagne débarrassée de toute présence de bipèdes.

C'est parce qu'il a une expérience d'éleveur dans le Larzac qu'il réagit ainsi, tout comme la meilleure enquête sur les ravages du loup a été signée dans Libération par une journaliste vivant auprès de bergers... L'autre travers est la prégnance, chez les Verts, d'un courant de fondamentalistes qui rêvent d'une campagne débarrassée d'animaux domestiques, de bergers et de toute présence de bipèdes. Peu leur chaut le subventionnement d'une agriculture de qualité pour entretenir la montagne, lutter contre les incendies et maintenir une vie locale. Certains préconisent même, pour laisser l'espace libre au vagabondage du loup, d'interdire aux moutons de « pâturer de façon éparpillée » et de les « regrouper ». La solution de ces
esthètes serait donc l'élevage industriel. Il est vrai que. s'ils fantasment sur le loup, qu'ils ne connaissent guère, ils ne se sont jamais vraiment préoccupés du sort des animaux de batterie, qu'ils ignorent.