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Le loup a empoisonné l'été des éleveurs du Luberon

Le loup a empoisonné l'été des éleveurs du Luberon

Article publié par La Provence dimanche 23 septembre 2012

Le président de la Fédération ovine de Vaucluse en appelle au Préfet "pour pouvoir survivre"

L'image est bucolique. Sur les hauteurs de Lagarde d'Apt, le cul sur une pierre, Julien Bonnet veille sur son troupeau, soit 700 brebis qui broutent paisiblement. C'est beau comme l'Antique. Sauf que, en cette période, les éleveurs vauclusiens ne sont généralement pas assis sur leur derrière. Ils sont en train de préparer leurs terres, pour l'an prochain. Et cette position, si jolie dans les albums de photo, a été celle d'un président de la fédération ovine de Vaucluse quasi-tout l'été. Tandis qu'il aurait été plus judicieux de finir les moissons (le foin pour les bêtes), de couper la lavande qui permet de boucler les fins de mois...

Évidemment, Julien Bonnet comme les autres éleveurs, ont réussi quand même, à mener à bien tous leurs travaux. Mais "le prix à payer est un peu trop élevé", relève le jeune homme. Qui, comme sa position ne l'indique pas, a vécu un été de stress. En cause : le loup qui a dévoré certaines de ses bêtes, en a fait avorter d'autres, a boulotté 17 brebis d'un autre élevage et le contraint à dormir dans une caravane depuis deux mois. À bout de nerf, et après une énième attaque le 15 septembre, Julien, également membre de la FDSEA, en appelle à l'État, pour "obtenir l'autorisation de se défendre". Soit en ayant le droit de tirer.

Découragement

Au total donc, cet été, 27 brebis ont été tuées par le loup. Pas drôle. D'autant pas drôle que Julien Bonnet, comme Christine Fra, pensaient avoir tout "fait bien" : des parcs électrifiés pour protéger le troupeau, des chiens... Et le soir, "on rentre nos bêtes. Ce qui est ballot : elles mangent la nuit, en été. Il fait trop chaud le jour". Et puis le loup s'en moque : la dernière agression a eu lieu au moment où le jeune éleveur venait surveiller ses brebis, le soir, dans leur parc électrifié.

Visiblement, le prédateur s'en moque. Certes, il existe "des aides pour la protection. Et même pour l'embauche d'aides-bergers. Mais cela ne laisse plus que 20 % à la charge des éleveurs. Il faut nourrir, loger les bergers. Il faut nourrir, dresser les chiens. Au bout du bout, ça fait beaucoup", s'agace Julien Bonnet, qui sait "qu'il est illégal de tuer un loup. Moi, je veux bien. Mais il y a quelque chose d'incohérent : on nous demande de produire plus d'agneaux, pour satisfaire la demande. On le fait, sauf que nos brebis se font égorger. Du coup, ça coûte à l'État et nos efforts ne servent à rien".

Il y a quelques jours, une délégation d'éleveurs a rencontré le nouveau préfet de Vaucluse. Ils l'ont trouvé "attentif et intéressé". Mais ce n'est pas encore suffisant. "Nous, on adore notre métier, on cherche des vocations. Mais pas pour se tuer jour et nuit". Parce qu'au petit matin, le loup a mangé la biquette. Et ce n'est plus un conte.

Silvie ARIES