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Le président de la FNSEA ne veut plus des loups

HAUTES ALPES - Le président de la FNSEA ne veut plus des loups

Article publié par le Dauphiné Libéré le 25 novembre 2012

Les patous, les chiens de berger, aboient au passage de Xavier Beulin, lorsqu'il rentre dans l'exploitation de Francis Paul, éleveur ovin à Sigoyer. Le président de la FNSEA, la fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, est sur le terrain.

Il est venu constater les difficultés des éleveurs causées par la présence du loup. En pleine campagne avant les élections à la chambre d'agriculture, il fait un tour des régions agricoles de France.

Le loup, la préoccupation numéro un

Chemise impeccable, coiffure soignée, Xavier Beulin détonne au milieu des agriculteurs, tous plongés en pleine discussion. Le sujet du loup est incontournable. Avec 500 bêtes tuées dans le département depuis le début de l'année, selon la chambre d'agriculture, « c'est évidemment la préoccupation numéro un» assène Xavier Beulin.

« Il ne faut pas avoir peur du mot régulation », poursuit-il, « le nouveau gouvernement semble être plus à l'écoute, mais ils ne prendront aucune décision ferme ». Le loup aurait une image trop sympathique auprès du public.

« Il faut pourtant l'éliminer, cela ne peut plus durer » martèle le président de la FNSEA. Pour lui, le gouvernement ne veut pas se résoudre à cette mesure, trop impopulaire.

Depuis 2008, Francis Paul, l'éleveur qui reçoit la visite, a vu 92 de ses bêtes disparaître. Une meute de sept ou huit loups rôderait près de ses pâturages. Toutes ses brebis n'ont pas été victimes du loup, mais probablement une grande partie.

Il a dû engager un berger pour l'aider, « sacrifier son indépendance, sa solitude ». Mais le résultat est là : cette année, "seulement" sept brebis ont disparu, sur un troupeau de 480 bêtes.

Une lutte efficace

Pendant que l'échange se poursuit, Pascal Raizer, le berger engagé par Francis Paul pour veiller sur le troupeau, se tient un peu à l'écart. Une main enfoncée dans sa combinaison, une cigarette roulée dans la bouche. « Le loup, je l'ai déjà vu deux fois pendant que je gardais le troupeau », se souvient-il. « Mais il est beaucoup trop malin pour que cela arrive souvent ».

Avant de travailler dans ce territoire, Pascal Raizer était plutôt pro-loup. « Et à le côtoyer, j'ai développé un certain respect devant lui, sa supériorité dans la stratégie par rapport à l'homme », lâche le berger en regardant la montagne par-dessus ses lunettes.

Mais, même malgré les bons résultats de sa lutte contre le loup, Pascal Raizer admet à regret que « l'élevage et le loup sont incompatibles ». « Ne serait-ce que par la présence des chiens », explique-t-il. « Ils protègent le troupeau et font bien leur travail. Mais ils le perturbent aussi, en venant fourrer leur nez pendant l'agnelage par exemple ».

« Je défends la biodiversité, assure le berger, mais la présence du loup peut lui nuire aussi ». Il prend l'exemple de montagnes dans les Alpes-Maritimes désertées par les éleveurs à cause du loup, dont les verts pâturages disparaissent au profit des pins.

Pendant ce temps, Xavier Beulin fustige « ces médias qui donnent une image empathique du loup » et les ministères frileux. Le berger conclut : « c'est triste à dire, mais il faut faire des battues. Sans ça, on ne s'en sortira pas ».

Après la visite de l'exploitation, Xavier Beulin, le président de la FNSEA, a animé un débat public à Tallard, pour relancer la campagne de la fédération départementale. Les élections à la chambre d'agriculture se tiennent en janvier.

Après un temps d'échange sur les préoccupations des agriculteurs du département, le sujet du loup tourne vite le débat agricole à la politique.

« Le loup, c'est la même chose que toutes les questions d'environnement », assure Xavier Beulin, « et ce n'est pas parce que l'on a deux Verts au gouvernement que l'on va se taire. »

Et le président de se lancer dans un long monologue, détaillant ses voyages en avion avec l'ancien président de la République, et des ministres qu'il appelle par leur prénom.

Et ses prises de bec avec « Nathalie », l'ancienne ministre de l'Environnement, sur la question de l'eau et de l'irrigation. Sans oublier de préciser que, si les choses ont changé, ce n'est pas que grâce à lui. « Je suis modeste », se croit-il obligé de préciser.

Le laïus se termine sous l'applaudissement du public. Alors que Xavier Beulin est sur le point de partir, des membres de la fédération départementale lui apportent « des offrandes (sic) » : un petit chêne truffier et un assortiment de spécialités locales. Que Xavier Beulin refusera, la main sur le cœur : « Donnez-le à une famille de Gap qui est dans le besoin ».

Nicolas BOEUF