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le loup est entré dans les Bouches-du-Rhône

Ça y est, le loup est entré dans les Bouches-du-Rhône !

Article publié par La Provence le samedi 22 décembre 2012

Bruno Salle élèveur de moutons sur la commune de Vauvenargues, assure que le loup a égorgé vingt de ses bêtes. La préfecture travaille sur la question
Point de doute possible pour Bruno Salle, éleveur de moutons à Vauvenargues : le loup a fait son entrée dans les Bouches-du-Rhône. Ce sont ses brebis qui le lui ont dit. Ces derniers mois, douze d'entre elles ont disparu, six autres ont été retrouvées égorgées derrière leur enclos déchiré.

Distinction de taille, sans preuve que l'animal lui appartient, le berger ne perçoit pas, a priori, l'indemnisation de la DDTM (direction départementale des territoires et des mers). En possession du cadavre, il perçoit le prix réel de la bête, "de 90 à 200 euros, selon son poids, son sexe et son âge."

La première attaque sur son troupeau remonte à plus d'un an. La dernière s'est déroulée il y a dix jours. À chaque fois, le même macabre rituel : "En allant sortir mes bêtes comme chaque matin, je découvre que certaines ont été égorgées dans la nuit. Alors je les compte, une par une, plusieurs fois. Il en manque toujours plus que le nombre de carcasses retrouvées, plusieurs ont disparu."

"Je me mets à leur recherche ; si je ne les retrouve pas le jour même, alors c'est foutu, un vautour ou un sanglier se chargera de tout faire disparaître dans la nuit. Dans le meilleur des cas, je retrouverai une touffe de laine, mais elle ne constituera pas une preuve que l'animal m'appartenait."

Loup ou bête sauvage ?

Le berger fait alors appel aux agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), qui viennent réaliser des relevés très précis sur place. Un constat est ensuite établi, puis rendu par la préfecture, attestant oui ou non de la présence du loup : soit elle est exclue, soit elle est avérée, soit elle est non exclue, c'est-à-dire... qu'on n'est pas sûr.

C'est le troisième constat qui a été rendu après l'attaque du troupeau de Bruno Salle l'année dernière. Or, pour lui, "loup non exclu", veut tout dire : "Ça fait 34 ans que je fais ce métier. Si on dit que la présence du loup n'est pas exclue, alors c'est qu'elle est absolument certaine. On ne peut pas se tromper, l'attaque sur un mouton est radicale, le loup l'égorge d'un coup sec par la force de sa mâchoire."

Une attaque de chien serait beaucoup moins franche, "il course la bête, il l'attaque sur le flanc, ici et là, avant de l'achever, ou pas, de façon anarchique. Lorsqu'un chien menace nos troupeaux, nous l'exécutons. On n'a pas le droit d'en faire autant avec le loup", espèce protégée s'il en est. Le constat de la dernière attaque sur le troupeau de l'éleveur est en cours. La Préfecture devrait annoncer dans les jours qui viennent, la présence du loup aux portes d'Aix... "On ne peut pas le dire officiellement tant que la préfecture n'a pas rendu son constat, mais la suspicion est vraiment très forte", dit-on à la DDTM.

Comment serait-il arrivé ?

Jean-François Darmstaedter président de l'association Ferus, doute encore : "Avec le loup on ne peut jamais être certain, mais tout de même, il n'apparaît pas sur un territoire, comme ça, sans raison, cela me paraît assez invraisemblable qu'il soit arrivé à Vauvenargues !"

L'explication est très claire pour Bruno Salle : "Une meute est composée de six à huit loups. Lorsqu'il y a trop de portées, les petits s'en vont vers deux ans à la recherche d'un autre territoire pour constituer une autre meute. Il va à la recherche d'une femelle si c'est un mâle et vice-versa. C'est très vraisemblablement ce qui s'est passé ici. Des meutes sont avérées à Rians ; le loup n'a pas appris à lire les panneaux et à faire marche arrière aux portes des Bouches-du-Rhône... Il faut être sérieux !"

Ça change tout

Bruno Salle loue au Puits d'Auzon, une propriété du Conseil général qui, après l'incendie de 1989 lui a donné pour mission de favoriser le sylvopastoralisme, c'est-à-dire agir sur l'embroussaillement. Sur ses 600 bêtes, 200 sont avec lui, 400 sont placées à Puyloubier. "L'organisation que nous avons mise en place ces vingt dernières années, est désormais complètement désuète. Il faut complètement la revoir, elle n'existe plus, la présence du loup change tout." Tout, dans la moindre de ses habitudes.

Plus question de laisser le troupeau toute une nuit dans les bois, le berger doit le faire revenir en enclos chaque soir, "ce qui implique qu'on ne peut plus aller dans les pâturages habituels, sur les crêtes de Sainte-Victoire. Cela m'est impossible de ramener les bêtes tous les soirs, il faudra chercher des territoires dans d'autres zones pour les faire pâturer, bref, il faudra travailler tout autrement". Encore faut-il qu'on leur en donne les moyens.

Nadia TIGHIDET