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Lozère : un loup est mort mais le causse en a-t-il fini avec lui ?

Lozère : un loup est mort mais le causse en a-t-il fini avec lui ?

Article publié par Midi Libre le 25 décembre 2012

Sur le causse Méjean en Lozère, l'arrivée du grand prédateur a bouleversé la vie des 70 éleveurs. Un animal a été abattu mais d'autres attaques ont eu lieu depuis.

Un loup est mort sur le Méjean. La certitude vient de témoignages convergents et dignes de foi : l'animal a été tué illégalement le 1er décembre dans les parages de Nivoliers, vers la ferme de la Cavaladette. Les hommes auraient suivi sa piste dans la neige.

Un loup est mort mais le causse en a-t-il fini avec lui ? Les 7 et 8 décembre, soit une semaine après le coup de feu fatal, à six kilomètres de là à vol d'oiseau, quatre brebis ont été déchiquetées dans les travers de Vallongue.

« Nous sommes sûrs qu'il n'y a pas qu'une seule bête », a toujours affirmé André Barré, maire d'Hures-la-Parade. Les faits semblent lui donner raison.

"Nous vivons dans l'angoisse"

En ce début d'hiver, les exploitants se serrent les coudes. Samedi, ils ont constitué officiellement le Collectif des éleveurs de la région des Causses, de la Lozère et leur environnement (le Cercle). Leur rejet du canis-lupus fait l'unanimité ou presque. Jusqu'au Parc national des Cévennes qui, le 18 octobre, a déclaré le loup "persona non grata" sur son territoire.

« Depuis les attaques, nous vivons dans l'angoisse » Gaétan Lamorinière, éleveur

Sans cette solidarité, Gaétan Lamorinière et sa compagne Marion auraient jeté l'éponge. Lui a 29 ans, elle 23 et la passion de l'élevage chevillée au corps. Il en faut d'ailleurs de la passion pour vivre dans la plus grande des solitudes à La Fichade quand le thermomètre marque - 10 °C, comme l'autre semaine et que la mauvaise route qui conduit au hameau du Cros est à bloc de verglas.

C'est sur le territoire de cette ferme qu'a eu lieu la première attaque dans la nuit du 11 au 12 mai. Trois brebis ont été tuées. La bête a remis ça en août, s'en prenant cette fois à un poulain ; elle est revenue fin septembre. « On dit que nous sommes indemnisés mais je n'ai encore rien touché, indique Gaétan. À cause du stress, 15 % des brebis ne portent pas d'agneaux. C'est 5 % d'habitude. Mais il n'y a pas que l'argent. Quand on voit les cadavres de ses bêtes disséminés sur le parcours, les clôtures éclatées par les brebis dans leur fuite, c'est insoutenable. Nous vivons dans l'angoisse. »

"Nous avons fui le loup"

Emmanuel Didillon et sa compagne Martine sont les derniers exploitants du hameau du Bedos. Les derniers jeunes aussi. Le couple recomposé et ses cinq enfants sont arrivés en 2003. Elle avec son troupeau de 250 "Lacaune", lui sur ses 15 hectares de céréales panifiables bio. Ensemble, ils militent pour une agriculture durable. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils ont choisi la Lozère et ses grands espaces naturels. Pour cela mais pas seulement...

« En fait, nous avons fui le loup, avoue Emmanuel. Nous gérions un alpage en Haute-Savoie. À partir de 2000, les attaques se sont multipliées. C'est devenu intenable, nous avons abandonné. »

Ironie du sort : les voilà à nouveau confrontés au prédateur. L'attaque la plus proche a eu lieu à 3 kilomètres du Bedos. « Ici, le seul élevage qui vaille, c'est l'extensif. Nos troupeaux contribuent à ouvrir les milieux qui, sans eux, seraient gagnés par les broussailles. Ils sont quasiment en autonomie. S'il fallait leur donner des compléments alimentaires, s'il fallait payer des bergers pour garder nuit et jour l'été, nous ne nous en sortirions pas. Le loup n'a pas sa place dans une telle approche. S'il s'installe, j'abandonne », lâche Martine.

"Qui veut-on protéger aujourd'hui ?"

Bruno Commandré, 41 ans, connaît l'histoire du Causse : « Dans les années 1960, il n'y avait pas d'eau dans les fermes. Le pays mourait. La densité était tombée sous le seuil critique de deux habitants au kilomètre-carré. Aujourd'hui, on est repassé au-dessus grâce à notre modèle agricole, grâce à la fromagerie de Hyelzas qui emploie nos femmes, à la coopérative Causse-Lozère. Sans ces efforts, nous serions un pays de vieux et de célibataires. Qui veut-on protéger aujourd'hui ? La bête ou nous, les éleveurs ? »

Un loup est mort le 1er décembre sur le Méjean, un autre rôde encore. Qui gagnera ce bras de fer pour la vie sur ces grands espaces, l'animal ou les hommes ?

JEAN-PIERRE LACAN

CHRONOLOGIE

Avril à décembre 2012

30 AVRIL Un loup est pris en photo de nuit à La Bégude.

11 MAI Premières attaques officiellement imputables au loup à La Fichade.

6 JUILLET Un arrêté autorise des mesures d'effarouchement.

29 JUILLET Une manifestation rassemblant élus et éleveurs se déroule à Florac. On y réclame des autorisations de tirs.

30 JUILLET Dans un entretien à Midi Libre, José Bové suggère de tirer sur le loup.

24 SEPTEMBRE Le préfet accorde à six éleveurs le droit de procéder à des tirs de défense sur le loup. L'arrêté sera renouvelé jusqu'au 25 novembre.

17 OCTOBRE Le député-maire PS de Mende s'associe à une proposition de loi qui créerait des zones d'exclusion pour le loup.

18 OCTOBRE 28 administrateurs du Parc national des Cévennes sur 33 approuvent une délibération qui déclare « incompatible l'installation du loup avec les activités agropastorales ».

26 OCTOBRE Midi Libre révèle que des attaques de loup ont eu lieu sur le Mont-Lozère. D'autres ont été constatées dans le val d'Allier, en limite de l'Ardèche.

1er DÉCEMBRE Un loup a été tué près de Nivoliers, selon plusieurs témoignages fiables, mais les attaques ne cessent pas.