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Le loup est à nos portes

Le loup est à nos portes

Article publié par La Provence le 10 janvier 2013

Cet animal fascinant ne se cantonne plus aux alpages mais vient de s'attaquer à un troupeau de moutons aux portes d'Aix-en-Provence. Cette présencemontre sa progression dans la régionmais n'est pas dangereuse

Que le Chaperon Rouge n'aille pas se promener aux portes d'Aix-en-Provence. Le loup y est. Un troupeau en pâture à Vauvenargues, sur les pentes de la Sainte-Victoire a connu plusieurs attaques avec 23 bêtes mortes. "Nous avons fait les premiers constats dans le secteur dès le mo i s d ' a v r i l , e x p l i q u e Jean-Louis Blanc, délégué interrégional Alpes-Méditerranée-Corse de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS). Nous ne disposons pas encore des analyses génétiques mais le type de morsures, le type d'attaques sur le troupeau de M. Bruno Salle vont dans le sens d'attaques de loup."Pour lui, l'animal ne serait pas venu des Alpes-de-Haute-Provence mais du Var où sa présence est ancienne sur le plateau de Canjuers. "On savait que le loup était là, assure Bruno Salle. Deux bêtes avaient été photographiées à Rians, commune varoise toute proche de la Sainte-Victoire où mes bêtes pâturent aussi. Dès le printemps 2012, le coup était chezmoi. Désormais, mes moutons dorment tous les soirs à la bergerie."

VERS LES VILLES ?

Tous les spécialistes sont d'accord: le loup est en période de colonisation. Il ne se limite plus aux alpages, aux forêts d'altitude, au Mercantour ou aux Mongesmais descend dans les plaines. "Attention, comme pour le cas des Bouches-du-Rhône, reprend Jean-Louis Blanc, il ne s' agit nullement de l'installation d'une meute. C'est un jeune d'un ou deux ans qui quitte la meute et fait des incursions. Il faut rappeler que le loup peut faire jusqu'à 80 km dans une nuit."

Comme nous l'a expliqué un autre spécial iste, le loup n'arrive pas aux portes des villes. Il y revient. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, il était présent dans le massif de l'Étoile, autour de Marseille par exemple. "En fait, on le trouvait dans toute la Provence", indique un responsable de l'ONCFS.

LA FAUTE AU "MITAGE" ?

De nombreuses observations (voir infographie) ont été faites autour de Barcelonnette ou de Digne. Mais là comme dans d'autres secteurs du Var où il a été repéré, il faut aussi tenir compte du "mitage" des zones naturelles par l'habitat. En clair, c'est la ville qui progresse vers le loup tout autant que l'inverse.

Des zones jadis cultivées intensivement et déboisées sont en friches en Provence-Alpes-Côte d'Azur, reconstituant un terrain favorable à ce prédateur, avec du gibier.

LE RÉSERVOIR DE GIBIER

Car contrairement à ce qu'on dit, le loup n'a pas comme principale source d'alimentation les troupeaux demoutons. Selon le rapport du plan national d'actions loup, il se nourrit à 76% d'ongulés sauvages (chevreuil, biche, chamois, cerf...) et seulement à 16% de proies domestiques (ovins, bovins et caprins). Seule une meute de loups du Mercantour -où l'élevage ovin est massif- a la moitié de son alimentation constitué par des prises sur les troupeaux. Or, le gibier est très abondant dans la région, y compris près des villes.

La population d'ongulés a été multipliée par quatre, celle de sangliers par cinq (le jeunemarcassin fait aussi repas pour le "canis lupus"). Cela peut aussi attirer les loups, qui ne viendront jamais faire les poubelles comme les sangliers. Ces derniers constituent d'ailleurs la vraie plaie.

PAS DE DANGER

Même si la cohabitation avec l'élevage ovin pose problème, le loup reste un animal protégé. Et son mode de vie ne constitue pas une menace pour l'homme. Surtout s'il évolue seul, c'est un animal qui fuit dès qu'il est vu. Et il faut remettre les choses à leur place.

Il y aurait 250 loups en France et 2000 en Espagne, où il arrive jusque dans les faubourgs de Madrid. Aucune attaque sur des humains n'a jamais été constatée dans ces deux pays.

Philippe LARUE


Le contexte

Un prédateur de plus en plus culotté

Les promeneurs de la Sainte-Victoire ne l'ont pas encore rencontré mais une vingtaine de brebis de Bruno Salle, berger sur les flancs de la montagne Sainte-Victoire ont été victimes, selon les premiers relevés des agents de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage, d'attaques de loup (voir "La Provence du 22 décembre). Il s'agirait de sa première incursion dans les Bouches-du-Rhône, tout autant que d'une preuve de sa présence. D'autres témoignages, en provenance de Digne, de Barcelonnette -on est là plus proches des zones traditionnelles d'élevage ovin - évoquent sa présence proche des maisons. Ce qui était le souci unique des bergers devient, même si c'est encore marginal, une interrogation commune pour les Provençaux. Le loup est de plus en plus culotté et il recolonise son ancien territoire, où d'ailleurs le gibier sauvage, dans les zones "mitées" par les lotissements, est abondant et lui donne de quoi se nourrir.

C'est, selon l'office national de la chasse et de la faune sauvage le nombre maximum de loups en France. Les deux tiers des individus se trouvent dans la région et particulièrement dans les Alpes du Sud. Le loup, parti de notre grande région, a prospéré jusque dans les Pyrénées et dans les Vosges. Les spécialistes donnent 29 zones de présence permanente du loup avec 19meutes organisées.

"Il est faux de dire que le loup arrive aux portes des villes car en fait il y revient; il fait des incursions dans des secteurs anciennement ruraux sur lesquels l'agglomération a gagné."

Un spécialiste du loup

Patrick Boffy est l'un des responsables régionaux du groupe Ferus qui oeuvre pour la protection du loup et dont les membres se mettent à disposition des bergers. "La présence de loups près des habitations n'est pas une nouveauté." Mais il craint une nouvelle politique du loup sur la base "d'estimations exagérées de progression". "J'ai assisté à une réunion où on nous parle de croissance de 25% de la population de loups. Or, il n'y a pas de reproduction en dehors des Alpes, pas de nouvelles meutes mais des incursions. Aujourd'hui, l'objectif affiché est de réduire le nombre."

Il s'inquiète de la politique detirs de défense jusque là réservés au seul berger qui pourraient s'effectuer en "équipes formées". "Il ne faut pas tuer le loup. Ferus reste opposé aux tirs de défense et de prélèvement." Il rappelle que l'Espagne, avec ses 2 000 loups, arrive à préserver un élevage très important de moutons, notamment en Castille et Leon. "Là-bas, on vit avec lui. Il est considéré comme un gros renard alors qu'ici, on agite le mythe autour de lui. Il faut admettre que la façon de travailler des éleveurs doit changer avec le loup."

Et Patrick Boffy craint que le loup fasse les frais des restrictions budgétaires, à cause des indemnisations importantes à verser aux éleveurs. Ph.L.