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"La vie est un enfer" pour les bergers

Loup : "La vie est un enfer" pour les bergers

Article publié par Kairn.org le 14 février 2013

La ferme dans le hameau d'Esparron, dans les Monges, paraît paisible. Et pourtant....

Dans son numéro du 8 février dernier, Nadine Massat dans « L'Espace Alpin » , nous livre le témoignage émouvant de la compagne d'un berger avec leurs deux enfants. Nous ne pouvons pas dire qu'à la base ce couple était hostile au loup : ils ont participé au programme Pastoraloup de FERUS.(1) Par ailleurs, tout l'été, ils vivent à l'alpage avec leur troupeau et ils respectent les mesures de protection préconisées par l'ONCFS et les mouvements écologistes.

"Quand Caroline arrive dans le hameau d'Esparron la Bâtie, au cœur du massif des Monges, à 1 200 m, dans les Alpes de HauteProvence, c'est l'été. Elle a 20 ans. Cette étudiante en biologie à Bordeaux a décidé de passer quelques temps sur les estives de la famille Ailhaud au titre d'éco volontaire du Groupe Loup France (aujourd'hui FERUS). La problématique du loup l'intéresse ; elle veut comprendre et se rend donc sur le terrain avec la foi du charbonnier".

Dix ans plus tard, la même Caroline à la recherche de la nature sauvage parle à Nadine Massat : "La vie ici est un enfer » lance-t-elle, l'œil noir. « Je n'ai plus de vie de famille, nous sommes épuisés et je tremble chaque jour pour mes deux enfants que je ne peux tout de même empêcher de sortir de la maison. Financièrement, c'est la catastrophe. Mon espoir de m'installer à mon tour est parti en fumée. Pire : je songe sérieusement à partir".

Et elle poursuit son récit : "Le soir, je partais avec mes enfants et ils dormaient sous une tente car il n'y a pas de cabane. Guetter le moindre bruit, mon fusil collé contre moi, l'angoisse au ventre ; c'est une vie ça ? "

Un double fardeau

Et encore..... "Je craque. Mes enfants s'adaptent comme ils peuvent mais je suis mère avant tout et je ne me résous pas à leur faire vivre cette angoisse quotidienne. Ils ne sortent qu'accompagnés de nos chiens bergers d'Anatolie...."

Et le témoignage se poursuit. On peut se demander ce que les bien-pensants de l'écologie peuvent argumenter face à une telle situation vécue par des centaines de couples d'éleveurs et bergers. Nadine Massat conclue :

"Les éleveurs ont le plus souvent des compagnes. Qui se soucie d'elles ?

"Leur voix est inaudible. Pourtant elles portent un double fardeau. En tant que femme, elles sont à la fois celles qui subissent et celles qui apaisent les douleurs. A la fois impliquées dans la lutte au jour le jour, elles doivent également rapiécer le quotidien, faire en sorte qu'il soit vivable ; entre un compagnon dévoré d'angoisse et souvent absent, des enfants qui ne demandent qu'un peu de légèreté et une vie de femme mise entre parenthèse, c'est sur elles que repose l'essentiel".