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Vosges : « C'est la politique de Tchernobyl »

VOSGES Loup dans les Vosges : « C'est la politique de Tchernobyl »

Article publié le 12 mars 2013 par Vosges Matin

Un groupe de travail, composé notamment d'éleveurs et de membres d'associations environnementales, s'est réuni pour parler de la préservation des troupeaux mais aussi pour interpeller les diverses institutions.

Visiblement, la présence permanente du loup dans le massif vosgien fait évoluer les mentalités... Impensable il y a encore un an, certains membres d'associations environnementales et éleveurs de moutons se sont réunis à La Bresse, vendredi soir.

Cette rencontre avait été tenue secrète étant donné qu'il s'agissait là de la première table ronde entre des personnes aux avis souvent divergents par le passé. Sauf que cette fois-ci, les deux partis (pro et anti-loup) semblent vouloir travailler de concert pour un objectif très clair : préserver les troupeaux de moutons.

« De nombreux éleveurs du secteur de La Bresse étaient assis à la même table que des représentants de l'ASPA (Association de secours et de placement des animaux) ou du FERUS (association nationale pour la conservation du loup). Nous avions également Jean-Luc Valerie (un écrivain passionné par le loup) à nos côtés » déclarent conjointement Agnès Thiébaut et Dominique Humbert, respectivement spécialiste de la protection de troupeaux et président de l'association environnementale Biodiversit'haies 88.

Pendant plus de trois heures, les discussions de ce groupe de travail sont allées bon train et le constat final est le même pour tous. « Concrètement, le loup est revenu sur notre territoire, il est protégé et ça procure de gros ennuis aux éleveurs de moutons... » , affirme Dominique Humbert.

Besoin de main-d'œuvre

Pour le responsable associatif, un autre point commun semble se dégager de cette soirée : le rôle joué par la Préfecture. « L'Etat et les institutions n'ont pas joué leur rôle. Il y a eu de leur part une véritable absence pour prendre le problème à bras-le-corps afin de trouver d'éventuelles solutions » , attaque Dominique Humbert qui pointe du doigt un gros manque de communication des services de l'Etat, que ce soit auprès des éleveurs, des associations écologiques ou même auprès de la population : « C'est la politique de Tchernobyl : il ne s'est rien passé !.... Le pire de tout c'est l'ignorance. C'est contre-productif. » Agnès Thiébaut acquiesce : « Il n'y a pas eu d'anticipation. Résultat : nous en sommes toujours au même point qu'en 2011. »

Dans ce contexte, les deux représentants de ce groupe de travail demandent à ce que les institutions prêtent une oreille un peu plus attentive aux mesures envisagées pour résoudre les problématiques engendrées par le grand canidé. « On ne crie plus au loup, on crie à l'aide ! Une aide qui se veut financière » lance Dominique Humbert qui rebondit ensuite sur les discussions concernant les projets de protection abordés lors de cette soirée : « Nous avons travaillé sur une dizaine de mesures adaptables dans les Vosges comme par exemple l'allotement » , affirme le responsable. « Mais attention, chaque exploitation a ses spécificités. C'est pourquoi il faudra proposer des solutions individuelles » , ajoute Agnès Thiébaut qui embraye sur un besoin commun à tous les éleveurs concernés : la main-d'œuvre. « La présence du loup fait qu'un éleveur travaille, en moyenne, 20 heures de plus par semaine sur son exploitation. Le financement d'aide-bergers est crucial » , déclare la spécialiste.

Depuis que les Vosges sont classées en ZPP (zones de présence permanente du loup), 80 % de la somme à débourser pour ces aides bergers est subventionnée. Mais il reste encore 20 % à la charge des éleveurs... « Nous comptons entre autres sur les collectivités locales pour nous épauler, que ce soit d'un point de vue financier ou sur le terrain » déclare Dominique Humbert. L'appel du pied semble clair...

L'éleveur Jean-Yves Poirot, qui a participé à cette réunion bressaude, se montre de son côté plus prudent. Il attend que ces paroles se concrétisent par des actes : « S'ils sont capables de trouver ces 20 % qui nous manquent pour le financement des aide-bergers, alors ce groupe de travail prouverait sa réelle efficacité. »

Quoi qu'il en soit, l'avenir à court terme permettra de savoir si tous ces responsables ont trouvé un écho favorable, ou pas, à leur appel...

Sergio DE GOUVEIA