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LA RÉINTRODUCTION DES ESPÈCES EST-ELLE UNE OPTION RAISONNABLE?

Chasse - LA RÉINTRODUCTION DES ESPÈCES EST-ELLE UNE OPTION RAISONNABLE?

 

Article publié le 27 avril 2013 par L'Indépendant

 

La réintroduction d'espèces animales dans leur milieu naturel est une stratégie de conservation qui vise à restaurer des noyaux viables de population animale dans des régions d'où les populations sauvages ont disparu.Si les objectifs affichés sont éthiques et liés à la protection de la nature, l'espèce réintroduite est aussi considérée pour son intérêt économique... Et l'homme se substitue à la Nature sans toujours en appréhender les conséquences.

L'OURS D'ABORD

Avec un effectif estimé de 150 individus au début du XXe siècle, la population d'ours Pyrénéen a été en baisse constante jusqu'à ne plus représenter qu'un noyau résiduel de quatre à cinq individus en Béarn fin 1995. L'État a alors décidé d'un programme de restauration de l'ours brun dans les Pyrénées. La réintroduction débuta en 1996 et 1997 où trois ours bruns capturés en Slovénie ont été relâchés. Devant l'impossibilité d'utiliser des ours nés en captivité, il a fallu se résoudre à prélever les animaux au sein d'une population sauvage d'un autre pays, animaux dont les 'caractéristiques' se rapprochent le plus possible de celles de nos ours, et de les transplanter chez nous. Quinze ans après, on dénombre quatorze à dix-huit ours sur l'ensemble des Pyrénées ; cette population reste cependant l'une des plus menacées d'Europe du fait de son isolement et une étude de l'ONCFS montre qu'il faudrait lâcher à terme dix-sept ours pour viabiliser la population, au-delà de ce nombre, des problèmes de consanguinité se posent. Si l'ours brun fait partie d'un patrimoine naturel et culturel, les enjeux économiques de sa réintroduction s'étendent à l'utilisation de l'image de l'ours pour améliorer la vente de produits spécifiques à la région. L'espèce emblématique contribue par son image à valoriser des produits ou des activités caractéristiques du terroir d'introduction, cette valorisation s'appuyant sur la présence de l'animal, symbole d'un 'environnement préservé'... Hélas, le régime alimentaire de la souche Slovène est bien plus carnassier que celui omnivore de la souche Pyrénéenne. De cet atavisme sont nés d'innombrables problèmes avec les éleveurs et pasteurs dont l'espèce est à son tour menacée ! L'importation d'ours de Slovénie dans les Pyrénées a fait l'objet de conflits qui ont eu l'effet inattendu d'unir les vallées pyrénéennes jusqu'alors restées indépendantes les unes des autres : Union des populations des vallées des Pyrénées face à l'adversité de l'écologie punitive et d'une administration complice avec des élus politiques aux comportements réprouvés.

LE BOUQUETIN MAINTENANT

Comme l'ours, ce Caprinaé a fait partie du patrimoine naturel des Pyrénées pendant des dizaines de milliers d'années. Sur le versant des Pyrénées françaises, le bouquetin a disparu en 1910 et en 2000 pour l'ensemble de la chaîne des Pyrénées quand la dernière femelle a été tuée par la chute d'un arbre une nuit de tempête en Aragon. L'État a entrepris, il y a longtemps, de restaurer les bouquetins en France en procédant dans les Alpes à une quinzaine de lâchers d'une espèce distincte -Capra Ibex- présente dans les Alpes italiennes, suisses et autrichiennes, et l'idée de faire la même chose dans les Pyrénées date de 1967, année de la création du Parc National. Si le bouquetin des Pyrénées -Capra Pyrenaica- ressemble au bouquetin des Alpes -Capra Ibex- il ne s'agit pas du même animal, et il n'est donc pas possible d'utiliser la même souche (aurait-on l'idée saugrenue de lâcher du chamois pour remplacer l'isard ?). Il existe néanmoins la possibilité d'introduction de caprins originaires des sierras espagnoles. Après consultation pour ce projet transfrontalier des partenaires espagnols assez réticents, un comité a été constitué, composé des autorités de l'état, des collectivités locales et des fédérations de chasseurs. Les garanties de suivi scientifiques étant assurées, des lâchers sont prévus dans plusieurs endroits de la chaîne, en espérant que les bouquetins ainsi transplantés puissent s'adapter à un nouveau biotope bien différent de leurs sierras originelles. Si les dernières difficultés politiques sont aplanies, nous aurons donc le privilège de voir, au nom de la conservation des espèces, s'implanter dans les Pyrénées françaises une espèce qui n'y a jamais vécu !

ET LES AUTRES ?

On entend moins les bonnes et vertes volontés se préoccuper de sauvegarder la discrète et peu agressive vipère d'Orsini dont l'habitat est menacé par le tourisme vert et la sylviculture. Il en va de même pour sa cousine l'Aspic du Jura dont les populations en voie d'extinction sont devenues relictuelles, ou encore pour le lézard des Pyrénées menacé par la destruction de son habitat, notamment en Ariège, comme pour le lézard ocellé de Provence. Quant à l'Émyde lépreuse (Photo ci-dessous), ravissante petite tortue peuplant les cours d'eau des Pyrénées-Orientales, elle est en voie d'extinction, et même si elle figure sur la liste rouge nationale de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), sa totale disparition fera bien moins de bruit médiatique que la mort d'un ours slovène dans les hautes vallées de nos montagnes. Il en va ainsi, l'homme s'immisce sans pudeur dans la Nature qu'il veut protéger et se prenant pour Dieu décide de sauver l'un plutôt que l'autre, de remplacer une espèce par une autre, d'imposer des choix, parfois techniques, souvent démagogiques, jamais vraiment raisonnables. Depuis que le monde est monde, et avant que nous nous en préoccupions, des milliers d'espèces ont disparu, des milliers d'autres ont évolué, des milliers de nouvelles sont apparues... C'est une évolution naturelle, cela s'appelle la Vie.

Arnaud Peyrepertuse