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Vosges, la troisième saison du loup

Dans les Vosges, la troisième saison du loup

Publié par L'Alsace le 30 avril 2013

Deux ans après les premières attaques d'avril 2011, le printemps ramène, dans le massif des Vosges, le risque de prédation par le loup. C'est aussi un moment fort de débat autour du nouveau plan national loup, objet en ce moment d'une consultation publique.

Avec la montée annoncée des troupeaux vers les estives, revoici le temps du loup dans les Vosges. Le prédateur n'a d'ailleurs pas attendu l'avènement d'un printemps tardif pour faire des siennes : au 15 avril, une dizaine d'attaques avaient déjà été répertoriées dans le secteur de la Plaine, la plupart sur une seule exploitation, à Midrevaux (88). Victimes : 19 ovins, dont la perte fera l'objet d'une indemnisation. C'est le préfet des Vosges Gilbert Payet lui-même qui tenait cette comptabilité lors de sa rencontre, l'autre semaine à Épinal, avec l'ensemble des parties prenantes au dossier (élus, collectivités territoriales, profession agricole, associations de protection de l'envi-ronnement). Il a également rappelé qu'entre les premières attaques d'avril 2011 et le 31 décembre 2012, 129 attaques avaient été enregistrées, faisant 271 victimes, prises en charge par l'État à hauteur de 62 331 €.

La réalité des pertes

Si l'énoncé de ces chiffres n'a pas souffert de contestation, c'est plutôt le commentaire qu'en a fait le préfet, qui a suscité la polémique. Selon Gilbert Payet, les attaques seraient malgré tout en recul, les mesures de protection ayant fait leur effet, celles de Midrevaux devant surtout être mises au compte du refus de l'éleveur concerné de suivre les préconisations : aides bergers, clôtures électrifiées, chiens de protection, effaroucheurs sonores et visuels, dont le représentant de l'État a rappelé qu'en liaison avec la chambre d'Agriculture, ces mesures ont engagé, dans la même période de 2011 à fin 2012, une enveloppe de 82 588 €.

De fait, les éleveurs rejettent tout ce qui pourrait ressembler à une temporisation dans ce dossier alors qu'une partie des dépenses leur incombe, que les prises en charge ne couvrent encore qu'imparfaitement la réalité des pertes – notamment la baisse de la reproduction chez des brebis stressées – et que les aides, promises, de l'Union européenne restent encore incertaines.

Ces positions sont-elles susceptibles d'évoluer avec la publication du projet de nouveau plan national loup (PNL) 2013-2017 actuellement soumis, avec ses « arrêtés relatifs au loup » , à une consultation publique ? Décryptant les lignes de force de ces 60 pages, consultables uniquement sur internet et auxquels peu d'éleveurs risquent de pouvoir accorder le temps nécessaire, le préfet Payet a rappelé que le PNL vise notamment à mettre en place une gestion différenciée selon les territoires et une amélioration des conditions d'indemnisation.

Jusqu'au 6 mai

Mais les éleveurs, pour qui la seule réponse valable reste le plus souvent « le fusil » , seront surtout tentés de retenir ce que l'administration appelle « une réactivité accrue » aux attaques de canis lupus. Autrement dit : les tirs d'effarouchement et de défense. De quoi faire rebondir la polémique avec les défenseurs de l'environnement et les partisans d'une coexistence pacifique entre l'homme et l'animal, qui redoutent que, faute d'aides suffisantes à la sécurisation des troupeaux, on n'aboutisse à « justifier des tirs de prélèvement ».

Rien n'évoluera sans doute avant l'aboutissement des procédures en cours : la consultation se termine le 6 mai et débouchera sur un nouveau dispositif dans les Vosges. Dans l'intervalle, les troupeaux seront, cette fois, remontés sur les pâtures.

On peut s'attendre à ce qu'ils croisent à nouveau, les loups, et à une nouvelle mise à l'épreuve de la ligne de conduite, adoptée jusqu'ici par les autorités françaises, « d'adaptation des mesures d'intervention sur cette espèce [le loup], de façon proportionnée aux moyens mis en œuvre pour assurer sa coexistence avec les activités humaines, notamment l'élevage » , comme l'énonce, dans son jargon, le PNL 2013-2017.