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Loup : 21 ans de colonisation, mais une cohabitation toujours difficile

Loup : 21 ans de colonisation, mais une cohabitation toujours difficile

Article publié le 2 juillet par Univers-Nature.com

Depuis son retour en France, en 1992, le loup n'a cessé de coloniser de nouveaux territoires pour accompagner la croissance de sa population. On considère ainsi aujourd'hui la présence de quelque 250 individus. Si l'essentiel de cette population se trouve dans les Alpes du Sud et centrales, le loup a démontré son aptitude à coloniser de nouveaux espaces. Issu de la souche italienne, à l'origine de son retour en France, il est en effet également présent en permanence dans les Alpes du Nord et le Jura, sans oublier, via quelques individus, dans le Massif Central, les Pyrénées et, plus récemment les Vosges.

Malgré un caractère craintif et discret, le loup ne peut revendiquer une progression discrète. Les éleveurs sont souvent les premiers à dénoncer sa présence en enregistrant des attaques sur leurs troupeaux.

Face à cette situation, la France apparaît plutôt volontaire et ne rechigne pas à mettre la main au portefeuille (environ 10 millions d'euros l'année passée). Les prédations sont indemnisées avec des primes aux animaux perdus et au stress du troupeau (avortements, etc.), des aides pour la protection (chiens type Patou, clôtures électrifiées, etc.), plus un suivi efficace du prédateur sur le terrain.

Vu de Paris, on serait tenté de penser que tout va pour le mieux, or il n'en est rien. En France, le loup est un animal protégé mais la gestion actuelle fait la part belle aux tirs (jusqu'à 24 individus tirés sur la saison actuelle). Or ces tirs, non sélectifs, peuvent déstabiliser une meute établie et conduire à sa désorganisation, voire son éclatement, avec les conséquences que l'on peut imaginer en terme de prédation. Côté indemnisation, si les primes sont très correctes, que dire des délais de versement souvent longs et aléatoires. De même, lorsque l'animal tué est un reproducteur, pour lequel l'éleveur a fait un travail de sélection sur plusieurs années, une indemnisation, fût-elle plus importante, ne compensera jamais sa perte. Mais le plus préjudiciable au loup comme aux éleveurs, c'est l'absence d'anticipation et de souplesse de l'Etat.

Quelle que soit la couleur politique du moment, depuis le retour du loup, jamais l'Etat n'a anticipé la colonisation de nouveaux territoires pour préparer l'arrivée du prédateur. Pourtant, la protection des troupeaux ne s'improvise pas, sa mise en place demande du temps, tout comme la préparation des esprits à une cohabitation source de complication pour les éleveurs. Aujourd'hui, la situation se répète dans les Vosges, 2 animaux y sont établis depuis 2011 (un mâle et une femelle). Voisines du Jura, où le loup est installé durablement depuis plusieurs années, la colonisation des Vosges n'était qu'une question de temps. Or une fois de plus, aucune anticipation. Le loup a découvert un territoire vierge, non protégé, et ce qui devait arriver est arrivé. Rapidement les premières prédations ont été enregistrées et les éleveurs mis devant le fait accompli et prier de faire « avec » en attendant que la machine étatique se mette en branle.

Dans ce cadre, il convient de souligner la tenue d'un colloque, certes d'origine privée, mais réunissant enfin naturalistes, protecteurs, éleveurs vosgiens et représentants de l'Etat, ce dernier dimanche, au parc animalier de Sainte-Croix (1). Avec pour thème « Quel avenir pour le loup et le lynx dans les Vosges« , le ton était donné aux abords du parc avec le déploiement de plusieurs banderoles très significatives quant à l'hostilité des éleveurs locaux face aux loups. Néanmoins, passé cette introduction, le colloque s'est tenu en bonne intelligence, dans l'écoute et le respect de chacun. Il a permis de transmettre nombre de données et retours d'expériences, tout en fournissant aux éleveurs une tribune pour exprimer leur mal-être, l'inquiétude sur leur devenir ... Si par la voix de Daniel Dellenbach, le président de la FDSEA 55, il a été reconnu que le nouveau plan loup « ... comporte quelques avancées, comme les 24 tirs de prélèvements par an » contre 11 auparavant, les mesures de protection et d'indemnisation « ... restent très complexes » et de citer les « tirs d'effarouchement » qui permettent désormais aux bergers d'utiliser une arme pour faire fuir un loup quand il menace directement leur troupeau. Jean-Pierre Poirot qui, avec 38 attaques depuis 2011, est le principal éleveur touché, souligne que « le Plan Loup oublie les pertes indirectes, le moral au tapis ». Face à lui, Denis Félix, de la direction de l'environnement (Dreal) Rhône-Alpes, affirme en avoir conscience et que le dossier sera ouvert pour intégrer ces dimensions.

Au final, si ce n'est pas en une journée que les problèmes et rancœurs peuvent être effacés, ce colloque a démontré que la discussion était possible. Plus que jamais, une diffusion rapide de l'information est primordiale, tout comme l'écoute du mal-être de professionnels qui assurent ne pas demander l'éradication du loup mais sa régulation et l'adaptation des mesures à leur spécificité locale.

Cette nouvelle initiative pour faire s'asseoir à la même table pro et anti loup incitera-t-elle enfin l'Etat à anticiper l'installation du loup sur de nouveaux territoires. Cela serait souhaitable quand la présence d'un ou plusieurs individus est suspectée dans l'Aube, un département à mi-chemin de Paris et des Vosges, aux espaces nettement plus artificialisés que les zones montagneuses.

1- Dédié à la faune européenne et situé dans les Vosges, ce parc réserve une place importante au loup, en hébergeant 4 meutes (2 de loups gris d'Europe, 1 de loups blanc d'Alaska et 1 de loups noir de l'Ouest canadien). A l'initiative du parc animalier de Sainte-Croix, le colloque a été organisé en collaboration avec la région Lorraine, le conseil général de Moselle, l'association Férus, le site internet loup.org et le groupe d'étude des mammifères de Lorraine.