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Prédateurs particuliers au parc animalier de Sainte-Croix

Prédateurs particuliers au parc animalier de Sainte-Croix

Article publié le 7 juillet 2013 par le Républicain Lorrain

La progression du loup est inévitable. Pour les éleveurs, le plus difficile est d'apprendre à cohabiter.

Dès que l'on parle du loup, la polémique surgit au coin du bois ou dans les près... Comme dimanche dernier à Rhodes, où les éleveurs ont salué, à leur manière, l'initiative de l'équipe du parc animalier de Sainte-Croix en déployant plusieurs banderoles très significatives de leur hostilité au canidé. Le parc mosellan, qui a fait de Canis lupus l'un de ses pensionnaires les plus emblématiques, organisait un colloque sur la situation du loup, revenu naturellement depuis 2011 dans les Vosges, et du lynx, réintroduit dans le vieux massif dans les années 1980. Deux prédateurs et deux destins très différents au cœur d'une journée dense qui a toutefois prouvé qu'un dialogue est possible avec le monde pastoral quand le débat est de qualité.

L'état des lieux tout d'abord. Pour le lynx, il est critique : « Sa présence est désormais sous le seuil de détectabilité dans les Vosges », commente Alain Laurent, technicien à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et animateur du réseau loup-lynx dans le Nord-Est. Le lynx déserte donc les chaumes comme l'attestent les gros efforts engagés pour le localiser. Du 1er décembre au 30 janvier dernier, « soixante pièges photographiques ont été répartis sur un territoire de 400 km² dans les Hautes-Vosges », explique Estelle Germain, directrice du Croc, un Centre de recherche sur les carnivores européens. Bilan des déclics : un bestiaire de 1 182 photos illustrant du cerf, du chevreuil, du chamois et même un lama !

Organiser une table ronde

Mais pas le moindre lynx à l'image. « Les seuls indices avérés correspondent à un animal dans le Donon », ajoute la spécialiste. Seule et mince lueur d'espoir pour le félidé lorrain : le projet de réintroduction, étalé sur une dizaine d'années, de 15 à 25 lynx dans le Palatinat, en Allemagne, dans le cadre d'une coopération transfrontalière avec le Parc naturel régional des Vosges du Nord (PNRVN). Ce programme a obtenu, le 25 juin, le feu vert du Land de Rhénanie-Palatinat après une longue concertation avec les éleveurs ovins et les chasseurs.

Placer tous les acteurs autour d'une table en faisant fi des influences politiques voire du corporatisme : voilà sans doute ce qui manque en France et par ricochet dans les Vosges pour la gestion du loup. À Sainte-Croix, les éleveurs lorrains étaient dans la salle, pour exprimer leur détresse certes économique, mais surtout morale. Cible de leur légitime réaction : « Un couple structuré en meute qui vit dans le secteur du col du Bonhomme ainsi qu'un individu solitaire présent dans la plaine vosgienne », comme l'a rappelé Alain Laurent. Ces trois-là font des dégâts et si la riposte – le plan d'action « Loup » 2013-2017 de l'État –, « comporte quelques avancées, comme les 24 tirs de prélèvements par an contre 11 auparavant, les mesures de protection et d'indemnisation restent très complexes », souligne Daniel Dellenbach, président de la FDSEA 55 en référence, entre autres, aux tirs d'effarouchement qui permettent désormais aux bergers d'utiliser une arme pour faire fuir un loup quand il menace directement leur troupeau. « Notre rôle n'est pas de protéger nos moutons : on a ni le temps ni les moyens », martèle Olivier Cassagnau qui a perdu une quinzaine de brebis, en 2011, sur les hauteurs du Hohneck. Charge de travail supplémentaire et stress tant chez l'éleveur que chez les autres animaux de l'exploitation, Jean-Pierre Poirot connaît ça après 38 attaques depuis 2011 dont sept déjà ces dernières semaines. « Le plan Loup oublie les pertes indirectes, le moral au tapis... », dit-il. « On en a conscience, le chantier sera ouvert pour prendre en compte cet aspect psychologique », répond Denis Felix, de la Direction de l'environnement (Dreal) Rhône-Alpes. Pas vraiment de quoi rassurer une profession qui assure cependant « ne pas demander l'éradication du loup, mais sa régulation ». La nuance est de taille.
Patrice COSTA.