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Alpes : impuissants face au loup, les éleveurs à bout de nerfs

Alpes : impuissants face au loup, les éleveurs à bout de nerfs

Article publié par La Provence le samedi 10 août 2013

Jean-Pierre Royannez (à g.), venu entendre les doléances des éleveurs, a pu mesurer combien leur détresse est grande.

Par-delà l'évidence du gâchis - certains ont même osé le mot "carnage" - c'est véritablement un sentiment de désespoir qui hante les rangs des éleveurs ovins des Alpes du sud. De toute évidence, la profession n'en peut plus et le malaise gagne du terrain, étant passé depuis longtemps déjà des Alpes aux départements voisins du Var, du Vaucluse, des Bouches-du-Rhône et de la Drôme, pour ne citer que ceux-là.

De la Drôme justement, Jean-Pierre Royannez, président de la FDSEA 26 et en charge du dossier "prédateurs" au sein des instances nationales de la FNSEA était, jeudi soir, de passage à Digne avant de se rendre, hier, à Rians dans le Var et à Beuil dans les Alpes-Maritimes, pour y rencontrer éleveurs et bergers sur des lieux d'attaques du loup.

Pour des tirs libres

Sur le boulevard Gasendi à Digne, tandis que le grand marché paysan commençait de replier ses étals, un cercle s'est rapidement formé autour de l'envoyé de la FNSEA.

Jean-Paul Comte, son homologue bas-alpin, à l'initiativede la rencontre, ouvre le ban : "Les éleveurs font tout ce qu'ils peuvent pour se protéger, comme l'exige l'État, mais les meutes sont partout. Vingt-quatre loups peuvent être prélevés cette année mais un seul l'a été", déplore-t-il.

Président de la Chambre d'agriculture 04, Frédéric Esmiol enchaîne : "On a essayé d'améliorer le protocole avec les tirs de défense renforcés. Trois sont autorisés dans le département. Sans résultats ! Aujourd'hui, on est à court d'arguments. C'est à l'État de faire le constat de l'incompatibilité de l'élevage avec le loup. Et de faire sienne la proposition de Jean-Paul Comte consistant à permettre aux chasseurs comme aux éleveurs de tirer librement sur le prédateur."

Si tant est que ces derniers puissent l'apercevoir, car tous les éleveurs font le même constat : "On essaie de s'adapter mais il a toujours une longueur d'avance sur nous".

Vrai que la bête est maligne et sait contourner les obstacles qui se dressent devant elle, attaquant de jour comme de nuit, faisant fi des clôtures électriques et déjouant la surveillance des patous.

Des écobergers, et après ?

Alors, parmi les éleveurs, le moral est en berne. À chaque série de témoignages, des exclamations : "On veut travailler sereinement ; on ne fait pas ça pour le fric mais pour l'amour du métier et de nos bêtes. Ce n'est pas notre rôle de tuer duloup, de travailler le jour et de se poster la nuit au coin du parc pour veiller..."

Au Castellard-Mélan, à 30 km de Digne, Cédric Breissand, dont le troupeau a été attaqué deux fois en trois jours - dont une fois en deux temps, preuve pour lui "que le loup sait attendre et guetter pour mieux revenir" - bénéficie depuis le début de la semaine de l'aide d'un couple d'écobergers bénévoles mis à sa disposition par l'association Ferus, toujours très opposée aux tirs de prélèvement.

"C'est bien, je peux souffler, ils dorment avec les brebis, font des rondes toutes les deux heures, réagissent dès qu'un patou aboie ; mais ils ne sont là que pour dix jours. Et après, ça recommence ?", témoigne-t-il avant de confier qu'il envisage très sérieusement d'abandonner sa jeune carrière d'éleveur.

Jean-Pierre Royannez a bien capté le message et ce constat va dans le sens des mesures que préconise la FNSEA, à savoir l'application stricte et efficace du Plan loup par les pouvoirs publics ; que les loups soient gérés par meute et non individuellement, que les lieutenants de louveterie soient équipés et armés convenablement pour des tirs efficaces et enfin que les coeurs de parcs, sanctuaires à loups, soient également soumis aux tirs de défense.

François Tron de Bouchony