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Patous et randonneurs, une cohabitation parfois difficile

Patous et randonneurs, une cohabitation parfois difficile

Article publié par le Dauphiné Libéré le 20 août 2013

Le patou ne fait pas l'unanimité. Protection traditionnelle contre l'attaque de loup, il peut aussi effrayer les marcheurs et encombrer les éleveurs qui ne savent plus quoi faire de lui à la fin de l'estive. "Ce serait ingérable d'avoir un tel animal au village", estime Jean-Marc Allais, berger à Ceillac.
C'est traditionnellement la mesure anti-loup la plus répandue, et pourtant, pour les éleveurs bergers qui gardent leurs troupeaux sur les alpages ceillaquins, l'utilisation du patou ne serait pas indispensable. Ce chien de protection originaire des Pyrénées présente surtout l'inconvénient d'effrayer les randonneurs, avec le risque à long terme de ralentir l'activité touristique.

"Certains bergers ont des chiens agressifs, c'est un vrai problème"

« Un marcheur qui a peur peut avoir de mauvaises réactions face à l'animal, comme de lever le bras pour se défendre. Certains bergers ont des chiens agressifs, c'est un vrai problème. »

Pour Vincent Mascot, éleveur présent chaque été dans le secteur de la Bergerie du Bois Noir, les patous représentent un véritable danger pour les randonneurs. Un avis partagé par Rémi Schlecht, qui garde son troupeau du côté de Clausis : « Tant que je peux tenir sans patou, je résiste. Je ne veux pas de conflit avec les marcheurs. La fréquentation touristique est importante, on ne peut pas se mettre les touristes à dos. »

Aux contraintes liées à l'activité touristique s'ajoutent celles induites par le dressage du chien. Selon Vincent Mascot, « c'est un animal difficile à dresser. On doit le mettre au troupeau très jeune, pour qu'il s'identifie aux brebis et développe son instinct de protection. »

À cette difficulté s'ajoute le problème de la présence du patou dans les bergeries lorsque se termine l'estive. L'opinion de Jean-Marc Allais, éleveur à Ceillac, pourtant victime en juin dernier d'une attaque de loup qui a coûté la vie à neuf de ses brebis, est sans appel : « Hors de question de prendre un patou ! Qu'est-ce que j'en ferais l'hiver ? Ce serait ingérable d'avoir un tel animal au village. »

"Être avec les brebis, le meilleur moyen de réduire les risques"

Reste le problème de la présence du loup, contre laquelle les éleveurs doivent évidemment se protéger. Ceux-ci estiment toutefois que l'utilisation du patou est trop systématique, alors que d'autres solutions sont possibles. Au lac Sainte-Anne, secteur très fréquenté par les randonneurs, Marion Schlecht, bergère, travaille avec des bergers d'Anatolie. « Cette race me semble plus efficace contre les loups, et plus tranquille avec les gens. J'ai quatre chiens et je n'ai jamais eu de problème. » Autre alternative au patou, la présence constante du berger. Pour Vincent Mascot, la vraie protection, « c'est d'être avec les brebis, c'est le meilleur moyen de réduire les risques ».

C'est également l'avis de Rémi Schlecht, éleveur et berger depuis plus de vingt ans, pour qui la solution la plus efficace est « d'être aux bêtes 24 heures sur 24 ».

Pour lui, pas question de quitter son troupeau. « Depuis que le loup a été réintroduit, j'ai complètement changé ma façon de gérer l'alpage. Je dors avec les brebis, je suis là à chaque instant, c'est une philosophie. Que ce soient les miennes ou pas, je ne garde pas des bêtes pour qu'elles se fassent attaquer par les loups. »

Alice DUMAS