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Sud-est: l'insaisissable loup plus traqué que jamais

Sud-est: l'insaisissable loup plus traqué que jamais

Article publié par Libération avec AFP le 22 août 2013

Les loups du sud-est de la France, les plus grands croqueurs de brebis du pays, échappent presque systématiquement aux chasseurs, de quoi réjouir les écologistes. Mais la traque s'intensifie, les stratagèmes se peaufinent.

«En France, personne ne sait chasser le loup!», avait assené début juillet le préfet du Var, Laurent Cayrel, en rencontrant des éleveurs d'ovins. Pourquoi ne pas embaucher des chasseurs d'Amérique du nord ou d'Europe de l'est?

Cette remarque lui a valu tout l'été des candidatures de chasseurs brandissant une expérience étrangère...Un brin provocateur ? «J'ai mis les chasseurs dans une situation d'émulation», mais «l'idée est sérieuse», assure-t-il.

Une battue avec 150 chasseurs a échoué sur l'énorme site militaire de Canjuers où se concentrent 80% des attaques. L'armée laisse brouter les ovins sur ses terres, où les tirs d'entraînements n'effarouchent aucunement les loups.

Le préfet déploiera une «nouvelle stratégie» début septembre en postant la nuit près des troupeaux des tireurs locaux équipés de fusils à lunette infrarouge.

«Il n'y a pas de méthode absolue», prévient prudemment Laurent Cayrel, le comportement du loup s'avérant différent selon le relief ou les pratiques pastorales.

«Les étrangers ne connaissent pas notre terrain très accidenté, ils ne seraient guère avantagés», estime Daniel Blanc, lieutenant en louveterie de Saint-Martin-de-Vésubie, dans les Alpes-Maritimes voisines, aux portes du parc national du Mercantour. La profession millénaire de «louvetier» assiste bénévolement les fonctionnaires de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) qui supervisent les traques.

C'est d'abord dans le Mercantour que les loups sont revenus en France voici vingt ans en passant les cols d'Italie. Sur une trentaine de meutes françaises, six vivent dans les Alpes-Maritimes dont quatre dans le coeur protégé du parc national.

Les loups, Daniel Blanc les a aperçus furtivement une dizaine de fois, leurs yeux jaunes dans un phare ou leurs traces de pas sur ses sillons de skis. «Parfois le loup passe et vous ne voyez que les bêtes gicler de l'enclos», décrit-il.

«Le loup fait 30 km par jour», souligne Louis Bernard, responsable de l'ONCFS dans les Alpes-Maritimes.

L'expert américain Carter Niemeyer, artisan de la réintroduction du loup dans les Rocheuses, venu dans le Mercantour en 2006, «a conclu que les contreforts escarpés ne permettent pas de travailler sereinement comme dans une plaine américaine», note-t-il.

Près de 800 attaques en 2012 dans les Alpes-Maritimes

Une louve allaitante a été abattue en juin, troisième spécimen tué dans les Alpes-Maritimes depuis 2004 (sur une douzaine pour toute la France).

En ce mois d'août, Louis Bernard ou ses collègues se postent tous les jours près d'un troupeau attaqué deux fois en dix jours. Ils ont aperçu des loups, à 400 mètres en dessous du troupeau, protégés par le couvert forestier...

Une battue avec une quarantaine de chasseurs se prépare parallèlement sur un plateau de l'arrière-pays de Grasse.

Près de 800 attaques ont été dénombrées en 2012 dans les Alpes-Maritimes, qui concentre un tiers des pertes d'ovins en France. Il y a eu environ 200 attaques dans le Var et 310 dans les Alpes-de-Haute-Provence, juste au nord.

Six «tirs de prélèvements» (euphémisme de l'administration pour tuer l'animal protégé) sont actuellement autorisés dans ces trois départements les plus attaqués.

S'y ajoutent des dizaines d'autorisations de «tirs de défense» accordés aux éleveurs ou «des tirs de défense renforcés» avec dix fusils maximum (une nouveauté).

Un record de 24 loups, sur une population de 250, peuvent être «prélevés» en France. Et le tout nouveau «plan d'action national loup» permet le tir de plusieurs loups lors d'une opération.

On veut «ménager la chèvre et le loup» en France, glisse néanmoins un expert, en notant que c'est «la grosse cavalerie» ailleurs.

En Espagne, les tirs sont autorisés depuis des miradors avec un charnier équin en appât.

Une équipe scientifique suédoise, venue en 2008 mettre des colliers émetteurs à deux loups du Mercantour, les avaient endormis en tirant des seringues hypodermiques depuis un hélicoptère.

Une méthode efficace, mais l'image de chasseurs tuant des loups depuis un hélicoptère aurait du mal à passer dans l'opinion.