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Débat à Millau - Peu de partisans pour le loup

Débat à Millau - Peu de partisans pour le loup

Article publié par La Dépêche du Midi le 31 août 2013

Thomas Vernay, José Bové, Christian Roqueirol, Stéphane Mazars et Jean Claude Robert ont animé le débat sur le loup, jeudi soir à Millau.

Disparu depuis près d'un siècle de notre région, le loup reste dans l'imaginaire collectif un animal mythique.

Personne ne pensait le croiser sur notre territoire et encore moins aux portes de la Cité du gant. Pourtant, c'est bien à quelques kilomètres au nord de Millau, aux environs de Saint-Germain, qu'un spécimen a été retrouvé mort au printemps dernier.

La découverte de l'animal, vraisemblablement heurté par un véhicule, n'avait pourtant pas fait grand bruit à l'époque. Mais en cette fin d'été, la nouvelle semble avoir fait le tour des éleveurs du secteur. Une information qui est venue conforter les craintes des paysans locaux, déjà informés des dégâts causés par le loup en Lozère, avec plus de 35 attaques et 44 animaux tués en 2012.

Témoins

Face à cette menace grandissante, la Confédération paysanne organisait ce jeudi une réunion publique sur la problématique du retour du loup. Dans une salle de la Menuiserie bien remplie, les avis, témoignages et débats se sont succédé toute la soirée.

Plusieurs éleveurs victimes d'attaque sont venus raconter leur expérience.

«On a tout essayé» explique Thomas Vernay, berger dans les Alpes. «Les chiens d'abord, puis dormir avec le troupeau. Ensuite, l'Office national de la chasse et de la faune sauvage nous a envoyé une équipe de professionnels armés de fusils à vision nocturne. Ils sont restés 6 nuits, la dernière journée, ils sont partis à 3 heures du matin, à 4 heures nous avons eu une attaque. C'était ma dernière saison, mon exploitation est à vendre depuis».

Trois éléments ressortent des témoignages apportés par les éleveurs.

D'abord, un traumatisme psychologique fort avec une peur constante de l'attaque. Mais également une faculté d'adaptation du loup face à tous les dispositifs de protection mis en place. Et enfin l'inutilité et le refus catégorique de s'armer pour les paysans.

«Un plan loup inefficace»

Les politiques interpellés sur le sujet n'ont pas pu faire fi de ces constatations.

Un projet de loi a donc été rapporté au Sénat par Stéphane Mazars, sénateur de l'Aveyron.

Présent lors de la réunion, il a apporté son éclairage sur cette proposition. «Nous avons un plan loup qui autorise chaque année le prélèvement de 24 loups sur toute la France. Ce plan qui coûte près de 12 millions d'euros a prouvé son inefficacité. De plus, seuls 2 loups ont été abattus cette année. Nous avons donc soumis une nouvelle loi qui prévoit la protection renforcée des zones d'agropastoralisme face au loup. Avec des mesures d'abattage lorsque tous les moyens de protection ont été utilisés. Une proposition largement acceptée par le Sénat».

Pourtant, il faudra encore présenter le texte à l'Assemblée nationale, où les discussions sur le sujet promettent d'être passionnées. En effet, le loup divise les élus bien au-delà des clivages politiques, créant une opposition distincte entre élus des villes et élus ruraux.

«On a une idée du loup presque fantastique, née d'une imagerie de cet animal évoluant dans de grandes zones sauvages» lance José Bové. «Pourtant, sa présence est incompatible avec l'agropastoralisme. Il ne faut pas oublier que les paysages et la biodiverisité des zones de montagne ont été façonnés par l'élevage».

Le député européen peste contre «l'image fausse d'un animal en voie de disparition, alors que la population de loups - près de 300 en France - est en constante évolution».

Une réunion qui n'a pu voir naître beaucoup d'avis favorables à la présence de l'animal dans les zones d'élevage. Seul un membre d'Alliance avec les loups est venu faire part de son expérience. «La présence humaine, notamment avec la venue de campeurs sur les exploitations, et la connaissance de cette espèce peuvent assurer une bonne cohabitation», a-t-il expliqué.

Une position qui n'a pas convaincu l'assemblée. Une autre rencontre entre professionnels et élus devrait avoir lieu à la fin du mois de septembre.
La Dépêche du Midi