French Dutch English German Italian Russian Spanish

Revue de presse

Accueil Revue de presse Une gestion inquiétante du loup

Une gestion inquiétante du loup

Une gestion inquiétante du loup

Article publié le 13 octobre 2013 par Le Matin

Le canidé a dévoré en 2012 près de 6000 animaux d'élevage en France. Les bergers dénoncent un programme de gestion du loup inadapté. Celui-là même dont la Suisse s'est inspirée.

Il faut réguler la présence du loup avant que trop de meutes ne rendent sa gestion impossible.

Craignez-vous que la Suisse ne soit envahie par les loups?

Les bergers aiment aussi le loup

La question est souvent résumée assez simplement. Le défenseur du loup serait un citadin écolo rêveur et nostalgique d'une nature intacte. Et son opposant, un berger égoïste colonisant la montagne pour son profit. Blanc et noir. Les méchants contre les gentils, ou inversement. Or ces deux-là se ressemblent peut-être plus qu'ils ne le pensent.

Comment imaginer devenir berger sans aimer la nature, les grands espaces, les animaux et la faune sauvage? Comment penser une seconde qu'il soit anodin pour ces hommes et ces femmes de voir abattre un loup, tellement magnifique, tellement mythique?

Le Concept Loup de la Confédération met au moins les deux camps d'accord sur un point: il ne sera plus très longtemps adapté à la situation. Qu'arrivera-t-il quand la croissance exponentielle du nombre de prédateurs observée en France se produira ici? Quand il n'y aura plus un ou deux loups mais des meutes entières? Quand, après chaque loup tiré «légalement», une meute continuera tranquillement à faire son marché dans les troupeaux environnants? Les défenseurs de l'animal peuvent-ils se satisfaire d'une augmentation – inéluctable – des tirs?

La gestion du loup doit être repensée complètement. Et cela avant que la situation n'échappe à tout contrôle comme c'est le cas en France, dont la Suisse s'est inspirée pour son Plan Loup. Aux États-Unis, des expériences fructueuses ont permis de réapprendre au loup la peur de l'homme, le déplaçant ainsi «naturellement» vers des contrées moins hostiles. Pour le plus grand bonheur de tous les amoureux de la nature, écologistes et bergers.

Sur son site Internet, le conseiller d'Etat valaisan Jacques Melly s'inquiète de la politique du loup menée en France.

Melina Schröter


«Les loups sont entrés dans Paris», chantait le grand Serge Reggiani en 1967. Un texte prémonitoire à en croire le JDD d'hier. En provenance de l'est de la France, des prédateurs se sont livrés à des attaques sur des moutons à 200 km de la capitale. Et d'année en année ils s'en approchent toujours plus. Preuve que les loups ont de moins en moins peur de l'homme. Et une perspective loin d'enchanter les bergers de l'Hexagone, dont la colère contre Canis lupus ne cesse de croître.

En cause, les attaques régulières, notamment dans les Alpes maritimes et les Pyrénées, dont sont victimes les troupeaux. En 2012, ce sont près de 6000 animaux en pâture (principalement des moutons) qui ont été tués par le grand prédateur. Réapparu en France en 1992, le loup y compte actuellement environ 200 individus et une vingtaine en Suisse.

Protection totale impossible

Cette cohabitation, à en croire les témoignages, est de moins en moins adaptée au développement massif du prédateur. Troupeaux attaqués en pleine journée à quelques mètres du berger ou du chien, avortements et baisse de lait importante chez les bêtes épargnées par le loup, le tableau est sombre. Et inquiète Jacques Melly, conseiller d'Etat valaisan et chef du Département de l'environnement, en charge de la problématique du loup.

«En Suisse, nous appliquons exactement la même politique qu'en France, avec des exigences en matière de protection des troupeaux: des chiens, des grillages, des gardiens. Et une intervention si vraiment le loup fait trop de dégâts. Et nous avons donc à présent la preuve que cette méthode ne fonctionne pas. Chez nos voisins entre 2008 et 2013, le nombre de contrats de protection des troupeaux a doublé. Mais, dans le même temps, le nombre de bêtes tuées également. Alors bien sûr qu'il faut accentuer les efforts sur la protection. Mais la topographie du Valais et la taille de certains troupeaux rendent impossible une protection totale. La cohabitation du loup et des bergers est donc très difficile. Il faut absolument pouvoir réguler le loup. Nous voulons au moins pouvoir être à armes égales avec lui et non qu'il bénéficie d'une protection totale et que nous ne puissions pas nous défendre. Même si c'est un animal extraordinaire, que je respecte.» (Le Matin)