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Le département de l'Ariège est-il un nouveau territoire de conquête pour le loup?

Le département de l'Ariège est-il un nouveau territoire de conquête pour le loup?

Article publié par Ariège News le 18 septembre 2013 © midinews 2013 - Sateda

Et l'on reparle du loup après avoir vu le bout de sa queue à plusieurs reprises cet été dans les montagnes ariégeoises.

Tout d'abord fin juillet à Uretz sur le massif du Maubermé dans le Biros. Deux bergers gardent à la frontière entre la France et l'Espagne plus de 600 brebis. «C'est au matin aux alentours de 8h que j'ai remarqué plusieurs vautours, survolant à basse altitude la couche» explique Hugo le berger principal qui court à toutes jambes vers cette zone.

En contrebas d'une falaise, une dizaine de brebis gisent sans vie, «en principe on a une ou deux prédations mais 10 d'un coup c'est beaucoup !»

En jumelant la zone, il distingue un animal traversant les éboulis; «c'était un animal au pelage clair (gris et blanc), j'ai bien vu un loup. L'expertise n'a eu lieu que le lendemain, le terrain n'était pas assez humide pour laisser des empreintes et trop venté pour retrouver des poils»

Pour autant l'ONCFS a cru à la bonne foi du berger. Suite à cette attaque ce dernier est obligé de mettre en place un dispositif de gardiennage assez lourd, nécessitant davantage de travail: «nous avons installé des barres de protection, nous enfermons les bêtes la nuit, nous restons vigilants... depuis, plus rien»

Le berger a pris des photos de ce carnage avec son téléphone: «oui cela s'est bien passé le 31 juillet au matin» précise Hugo en regardant l'écran de son appareil avec tristesse.

Quinze jours après, une furtive confrontation a lieu avec des promeneurs. L'un d'eux, originaire de St Lary, un montagnard aguerri, se balade sur l'Estive d'Estrémaille sur le massif de la Calabasse. Il distingue une bête sur un sentier, il sort ses jumelles et reconnaît distinctement un loup. Il en parle encore.
Les services de l'Etat sortent de leur silenceAlors que le plan loup 2013-2017 est entré en vigueur ce printemps et que la prolifération des loups dans le massif alpin ou dans les Vosges commence à poser de sérieux problèmes, les loups sont désormais visibles en Ariège.

L'animateur du réseau loup (un agent de l'ONCFS) que nous avions rencontré en 2011, nous indiquait que ces loups n'étaient pas présents en Ariège de façon continue, il s'agissait d'individus isolés, il n'y avait pas de meutes, pas de groupes établis.

Concernant les indemnisations des éleveurs: la responsabilité du loup n'a pas été écartée, mais elle n'a pas été confirmée non plus. Les attaques sont indemnisées au bénéfice du doute. Depuis, les choses ont-elles évolué?

La préfecture de l'Ariège reconnaît que des loups ont été observés dans le département mais «ce sont des témoignages épars et à valider. Et pour que soit attestée la présence du loup, il faut qu'il y ait trois observations sur un même site (une vallée) durant la même période (variable de 8 à 15 jours). Ce cas de figure ne s'est jamais produit.

Depuis le début de l'année nous avons eu trois témoignages. Le premier remonte au premier trimestre 2013 (janvier ou février) dans le secteur de Bethmale. Un témoin aurait vu deux loups et trouvé une crotte. Nous avons engagé des analyses génétiques dont on attend les résultats.
Le second remonte au mois dernier à Uretz (commune de Sentein). Techniquement il est possible qu'il y ait un loup mais sans présence avérée validée.

Enfin la troisième remonte à 15 jours à Saleix (commune d'Auzat) où un cliché a été pris. Il est inexploitable on ne peut donc pas certifier qu'il s'agisse d'un loup.

Aujourd'hui on reste en suspens des résultats de l'analyse de la crotte. On ne peut pas nier la présence erratique de loups mais en aucun cas il n'y a installation de meute. Chaque fois qu'il y a un témoignage il est pris au sérieux, tous les moyens sont déployés pour recouper les témoignages»

Donc selon la préfecture de l'Ariège, des loups oui mais une présence éparse, erratique... pas de présence avérée et on est loin de l'installation.
Loup et ours, même combat pour les chasseursPar contre Jean-Luc Fernandez, le tonitruant président de la fédération des chasseurs, n'a pas ce genre d'états d'âmes.

Dans un courrier en date du 16 septembre adressé à Philippe Martin, ministre de l'Ecologie, il fait état des difficultés rencontrées par le monde rural face aux grands prédateurs, il parle en ces termes du loup: «l'apparition miraculeuse des loups de souche italienne sur la quasi-totalité des zones de montagne ou forestières ne peut qu'interpeller.

Pour une bonne gestion du dossier loup, j'affirme qu'il est indispensable de s'assurer que l'arrivée de ces prédateurs ne doit rien à la main de l'homme. De fortes suspicions pèsent en effet, qui viennent accréditer la thèse au mieux d'évasions involontaires, au pire d'introductions frauduleuses»

Joint au téléphone, le président Fernandez se souvient d'une attaque du loup rendue publique en 2010 sur le groupement pastoral des Bésines non loin de Mérens (elle avait été indemnisée).

Selon lui, le loup n'est pas apparu du jour au lendemain: «il y a longtemps que le loup est présent en Ariège mais ça convient à tout le monde de faire porter la responsabilité de ses dégâts à l'ours... aujourd'hui on le voit en Couserans, on prélève ses crottes à Aulus, et bientôt on constatera son passage jusque dans le Gers [...]

Personnellement je ne crois pas que tous ces loups viennent de l'arc alpin ou du côté espagnol. J'aimerais que l'on s'intéresse davantage à la réglementation des parcs à loups qui fleurissent dans toute la France. Pourquoi ne pas faire des prélèvements d'ADN des loups en captivité pour connaître précisément leur famille d'origine... ils devraient davantage être suivis»

Avant de conclure: «on ne va pas se laisser envahir par le loup comme on l'a été par l'ours... la saison prochaine les huit ours inventoriés sur notre territoire seront en capacité de faire des petits, on va passer très rapidement à 50 ours, les éleveurs du Couserans pourront mettre la clé sous la porte !»
Laurence Cabrol