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Les loups sont dans nos plaines

Les loups sont dans nos plaines

Article publié par VSD le 6 novembre 2013

L'animal descend des montagnes pour investir les prairies de Champagne, où il multiplie ses attaques. Depuis mai, il a tué soixante-treize bêtes. Les éleveurs nous ont confié leur colère.

Au début, le loup, vous n'y croyez pas ! », confi e Bernard Piot, éleveur de moutons à Lignolle-Château, dans l'Aube. Quand il retrouve son premier bélier, le matin du 25 mai, « la gorge tranchée, une épaule décollée et mangée jusqu'à l'os, le coeur et les abats arrachés », il peine aussi à croire que cette boucherie soit l'oeuvre d'un chien errant, car il aurait attrapé sa proie « par le gigot ». Pour tenter de confondre ce « grand canidé », comme l'avaient d'abord nommé gendarmes et gardes de l'ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage), l'éleveur passe huit nuits, en juillet, dans une dépendance proche de sa bergerie. En vain. Celui qui s'est révélé depuis être bel et bien un loup – il a été immortalisé en septembre par un piège photographique de l'ONCFS – ne reprend ses attaques que le dixième jour. « Le loup est un animal très intelligent », explique avec un certain respect Bernard Piot, que son statut de lieutenant de louveterie autorise à opérer des tirs de défense en cas de danger imminent sur les troupeaux. Contrairement à d'autres animaux sauvages piégés par le fl ash, le loup comprend que l'appareil « le regarde ». Et il rebrousse chemin. La difficulté à protéger les ovins s'explique aussi par le fait qu'ils ont perdu leurs réflexes de défense face à un ennemi qui avait disparu de France depuis 1934. « La configuration des prairies de l'Aube et de la Haute-Marne, très disséminées et éloignées des bergeries où les moutons restent sans surveillance, facilite encore le travail du loup, qui n'a plus qu'à se servir comme dans un garde-manger», déplore M. Piot, qui a perdu vingt-huit moutons lors de seize attaques depuis mai. Soit « 21 % de mon cheptel passé à la casserole », comptabilise-t-il. Michèle Boucley, qui a perdu six brebis, ne décolère pas non plus. L'éleveuse a passé, avec son mari et son fils, deux jours à recoudre dix-sept autres bêtes attaquées. Et ne se remet pas du spectacle de ses « brebis agonisantes, respirant par un trou béant, comme si on leur avait pratiqué une trachéotomie ». Depuis, elle a rentré les rescapées pour l'hiver mais craint leretour du printemps. Le dédommagement de ses bêtes par l'État, à hauteur de 180 à 200 euros par tête, ne prend pas en compte, dit-elle, la perte « des agneaux qui ne sont pas nés. Sans compter les fausses couches provoquées par le stress sur d'autres brebis ». L'État a bien financé pour les Boucley l'installation de clôtures électriques. Mais « elles se révèleront inefficaces, estime M. Piot, le loup étant parfaitement capable de les éviter en passant dessous ». Face au carnage – vingt et un élevages ont été attaqués, deux cent trente-trois animaux ont été touchés et soixante-treize d'entre eux sont morts –, la préfecture a autorisé des tirs de défense. Mais le ou les loups se font discrets. Bernard Piot redoute que, « à force d'opérer en toute impunité, ils deviennent de plus en plus intrépides ». De fait, les loups se sont attaqués cet été à des patous, chiens dressés pour garder les troupeaux. Ainsi qu'à un troupeau de trente chevaux, à Auron, dans les Alpes-Maritimes, en tuant un et en blessant un autre. « Pourquoi ne s'attaqueraient-ils pas aussi à l'homme, avec qui il doit partager son repas ? » se demande l'éleveur. Les défenseurs des loups, visiblement gênés par l'arrivée du prédateur dans les plaines et près des habitations, se font discrets. « Il faut qu'éleveurs et prédateurs apprennent à cohabiter », défendait mollement Anthony Kohler, de l'association Ferus, qui milite pour la protection et la conservation des loups, lors d'une réunion avec les éleveurs le 9 octobre, à Bar-sur-Aube. Pas de commentaires de l'ONCFS, qui nous renvoie vers les préfectures de Haute-Marne et de l'Aube. La première n'a pas répondu à nos sollicitations. Bertrand Baillard, sous-préfet de l'Aube, confesse, lui, qu'aucune solution n'est « effi cace à 100 %.

Lire l'article intégral dans VSD 1889 (du 7 au 13 novembre 2013)

Par Sylvie Lotiron