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Le loup n'en finit pas de semer la discorde

Le loup n'en finit pas de semer la discorde

Article publié par La Montagne le 8 novembre 2013

Désormais, c'est eux ou lui ! Eux, ce sont les éleveurs ovins (voire caprins) ; lui, c'est le loup. Tel est le message qu'ont voulu faire passer, à la mi-octobre, plusieurs organisations agricoles – FNSEA, Jeunes Agriculteurs, Assemblée permanente des Chambres d'agriculture (APCA), Fédération nationale ovine (FNO) – en demandant fermement « aux ministres de l'Écologie et de l'Agriculture d'ouvrir le dossier du statut du loup, afin qu'il soit rapidement sorti des espèces protégées, tant dans le cadre de la Convention de Berne que de la directive Habitats de l'Union européenne ».

Ajoutons que la Confédération paysanne, qui représente l'autre sensibilité du monde agricole, est sur la même longueur d'ondes puisqu'elle a demandé à l'État, fin septembre, d'« admettre que la cohabitation (loups-moutons) est impossible ».

Environ 250 loups en France, des signalements dans le Puy-de-Dôme

Bref rappel de la situation actuelle sur le front du loup : les autorités, via l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), estiment le nombre de « canis lupus » à 250 environ dans l'Hexagone. Les éleveurs, eux, parlent plutôt de 300, voire davantage. Le loup aurait étendu son territoire à plus d'une trentaine de départements – des signalements ont été validés dans l'Aube, le Puy-de-Dôme, le Lot et le Gers ! – même si le gros des meutes est localisé dans les régions Rhône-Alpes et PACA, notamment dans le massif du Mercantour (Alpes-Maritimes).

Les loups font bombance : 2.680 bêtes (essentiellement des ovins) tuées en 2008, 4.920 en 2011, 5.848 en 2012. Le bilan 2013 pourrait être plus faible. Mais, comme l'explique la Confédération paysanne, c'est parce que « l'impuissance, la colère, le découragement ont eu raison de bon nombre d'éleveurs et de bergers », qui sont aujourd'hui « l'espèce en danger de disparition ».

Le Plan Loup autorise l'abattage de 24 animaux

Des éleveurs et bergers qui disent avoir essayé toutes les mesures de protection imaginables contre le loup, sans succès. Celui-ci est à la fois extrêmement mobile et beaucoup plus malin que ne le pensait Jean de La Fontaine... Les associations pro-loup rétorquent généralement que lesdites mesures de protection sont encore insuffisantes.

Entre 2008 et 2012, il n'y a eu que sept loups tués en France. Ce nombre est passé à 11 en 2012-2013. Le Plan Loup entériné en mars dernier autorise l'abattage de 24 animaux – le dixième de l'effectif présumé – sur la période 2013-2014. Fin septembre, sur ce quota, il n'y avait eu que cinq loups tués. Les éleveurs demandent que l'on « prélève des meutes entières » et jugent le Plan « inadapté ». Les associations écolos, elles, multiplient les procédures judiciaires pour contester les battues.

Le loup, espèce protégée de l'opinion publique

Philippe Martin, le ministre de l'Écologie, tente de ménager la chèvre... et le loup. Mais il sait bien de quel côté l'opinion publique penche, et de manière massive. Un sondage Ifop d'octobre indique que 75 % des Français « jugent inacceptable que l'État fasse abattre certaines espèces protégées telles que le loup [...] ». Même pourcentage pour considérer que le loup « a toute sa place dans la nature en France ».

C'est que, après des décennies de documentaires animaliers – aux images souvent superbes – diffusés à la télévision, l'image du loup a totalement changé, du moins auprès de la population urbaine (très majoritaire). Désormais, comme le suggère l'anthropomorphisme qui imprègne ces documentaires, le loup est le « gentil » animal sauvage. Et ceux qui veulent s'en débarrasser ne sont que de « méchants ploucs » qui exagèrent leurs malheurs et ne comprennent rien aux beautés de la biodiversité...

Bruno Mège
(avec AFP)