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Lynx et loups passent dans le Sundgau pour aller du Jura aux Vosges

ENVIRONNEMENT Lynx et loups passent dans le Sundgau pour aller du Jura aux Vosges

Article publié par l'Alsace le 8 décembre 2013

Même s'ils ne se sont pas installés dans nos forêts, il est plus que probable que les lynx et les loups utilisent le Sundgau comme un passage du Jura aux Vosges.

Lorsqu'on regarde une carte, cette évidence saute aux yeux : la distance la plus courte pour passer du Jura, composante de l'arc alpin, jusqu'aux Vosges, c'est le Sundgau. Or, de tout temps, l'arc alpin est resté une zone refuge pour les grands prédateurs qui subsistaient en Europe. Une zone où ils se cachaient quand les forêts et donc leurs espaces de vie diminuaient. Ces grands prédateurs d'Europe sont les lynx, les loups et les ours.

« Le noyau de l'arc alpin se trouve vers la Slovénie et la Croatie ; qui se trouve à 500 km d'ici » , explique Antoine Waechter, spécialiste de l'environnement et président du Mouvement écologiste indépendant.

Malgré cette proximité, le retour du lynx et duloup dans les Vosges ne s'est pas fait de la même façon.

Le lynx est revenu grâce à une réintroduction. Elle s'est faite d'abord dans le Jura suisse, dans les années 70, puis dans la montagne vosgienne, dans les années 80. Plusieurs lâchers ont eu lieu dans les Vosges. « Mais il reste très peu de lynx en raison du braconnage qui est ici doublement condamnable puisqu'on parle d'un animal protégé. »

Le lynx est un animal technophobe

Même si les effectifs de lynx sont peu nombreux, on en a repéré un il y a quelques années dans la vallée de la Largue. Celui-ci a été entendu vers Ueberstrass et Friesen. Il a été observé à Fulleren par un ancien instituteur qui était en train de pêcher. « Pendant quinze jours, le lynx est resté dans le secteur et allait vers les Vosges. C'était au début des années 2000. »

Selon les naturalistes, il y aurait au moins un couple, et peut-être deux, dans le Jura alsacien près de la Suisse. « Mais la région reste difficile pour un tel animal, en raison de la densité du réseau routier qui apporte à la fois les risques de collision et un obstacle psychologique pour l'animal. Le lynx est une espèce technophobe. Elle ne supporte pas la proximité avec les humains. »

Et qu'en est-il du loup ? Le dernier aurait été abattu entre Fulleren et Hirtzbach en 1918. Mais cette espèce s'adapte plus facilement au terrain et peut s'installer dans des milieux divers. Il peut aussi faire des dizaines de kilomètres dans une journée.

« Aujourd'hui, les analyses génétiques, (N.D.L.R. : réalisées à partir des crottes), peuvent permettre d'identifier chaque individu. On peut donc vérifier que les loups des Vosges viennent d'Italie. »

Ce sont ces mêmes loups qui sont réapparus naturellement dans le Mercantour dans les années 80.

Pour cette espèce, il existe deux axes d'extension. L'un par le massif alpin et l'autre par les pays du nord, et notamment la Pologne, qui descendent maintenant en Allemagne.

« De toute façon, l'extension est inéluctable. Le loup s'installe progressivement dans la montagne vosgienne. Et pour ça, il ne peut passer que par le Sundgau et notamment la Vallée de la Largue ou dans le Territoire de Belfort. » Un loup a d'ailleurs été vu à Fontaine, il n'y a pas très longtemps.

On passe d'une forêt banale à une forêt exprimant une nature sauvage

A priori, il n'y aurait pas de loup installé dans le Sundgau. Notamment en raison de son besoin d'espace. Rien n'empêche pourtant sa présence dans le Jura alsacien sans qu'il soit vraiment possible de dire de quel côté de la frontière il préfère se promener. « Sans démarche de recherche particulière, on ne voit pas les loups qui sont dans la montagne vosgienne. Une des seules émergences visibles du loup, c'est quand il s'attaque aux troupeaux de moutons. Ce que nous n'avons pas dans le Sundgau. Ici, il doit se nourrir de chevreuils. »

Dans notre région, les loups et les lynx peuvent donc davantage gêner les chasseurs que les éleveurs. Mais d'un autre côté, pour Antoine Waechter, « savoir que les grands prédateurs sont présents donne une autre perception à la forêt. On passe de la forêt banale à une forêt exprimant une nature sauvage. Je suis convaincu que les gens n'ont pas peur. Même si ces animaux sont là, on ne les verra pas. Ils ont davantage peur de nous que nous d'eux. »

Mais aujourd'hui, les espaces où la forêt subsiste sont des îlots. Il manque les corridors qui permettent à la flore et la faune de se déplacer. « Les autoroutes, les canaux, les lignes d'urbanisation sont des obstacles infranchissables pour les animaux et les plantes. Sans couloirs où le milieu est favorable, il ne peut pas y avoir de recolonisation de la biodiversité. Ou alors, cette biodiversité reste très pauvre. »

Avec les lynx et les loups, la nature a trouvé un chemin... qui passe dans le Sundgau.