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Ce loup du Jura n'a pas peur

Ce loup du Jura n'a pas peur

Article publié par Le Matin le 31 décembre 2013

Même si l'hypothèse d'un chien-loup errant subsiste, tout porte à croire que le prédateur rôle à la frontière franco-suisse. Le cliché d'une automobiliste convainc un expert.

«Tous les critères phénotypiques relevés sur la photo sont caractéristiques de l'espèce: «Canis lupus», écrit Alain Laurent dans son rapport. L'expert français ne détient aucune preuve quant à la présence du loup dans le Jura, mais sa conviction se base sur une photo prise le 9 décembre en bordure de route, à Damprichard (F), face au Noirmont (JU): des oreilles à la queue, tout dans la silhouette et le pelage plaide en faveur du prédateur (voir encadré).

Un premier témoin de ce loup se trouvait dans une position scabreuse quand il l'a vu. Désirant se soulager dans un parking entre Frambouhans et Les Fontenelles, ce villageois avait le pantalon baissé quand il s'est senti observé: «En me retournant, j'ai vu deux grands loups noirs», témoigne ce chasseur dans L'Express/L'Impartial.

L'animal a ensuite été aperçu à Morteau puis, trois jours après la première observation, à Belfays: «Je rentrais chez moi en voiture quand je l'ai aperçu à 21 h 30 au bord de la route. Quelle émotion!» rapporte cette villageoise. Elle rentre chez elle, puis revient sur les lieux avec son ami et un appareil photo. Le loup ne s'était presque pas déplacé. Le cliché – unique – est pris à 22 h 06, juste avant que l'animal ne file à travers champs. «Il ne semblait pas apeuré, mais les traces dans la neige suggère que l'animal était blessé à une patte», précise l'automobiliste. On attribue à ce loup une brebis dévorée. On montre ses traces dans la neige. Mais la preuve irréfutable manque encore. Le dernier loup tué sur le plateau de Maîche l'a été en 1868, au Faux Verger, d'où le scepticisme régnant du côté de Damprichard: «Nous n'avons pas peur du loup», indique l'épouse du maire.

Verdict des poils

Prélevée sur un barbelé et envoyée à un laboratoire de Grenoble, une touffe de poils rendra prochainement son verdict. En attendant, les sceptiques penchent pour un chien-loup de Saarloos ou un chien-loup tchèque, dont il existe des élevages dans la région. Ces races sont plus aptes que les loups à s'aventurer sans crainte dans un village, ou à longer une route, même si trois attaques successives de moutons à Savièse (VS) se sont produites parfois à quelques mètres des habitations.

«Sans validation scientifique, une confusion avec un autre canidé est toujours possible», indique le spécialiste suisse Jean-Marc Landry. Mais la présence du loup dans l'arc jurassien lui paraît plausible: «Les voisins de mes parents en auraient aperçu un à La Heutte, au-dessus de Bienne.»

«Les jeunes se dispersent dans un vaste périmètre», poursuit le biologiste Jean-Marc Landry. Parcourir 30 kilomètres par jour, seul ou à deux, c'est facile pour un loup. «Le record homologué est de 190 km en 24 heures», précise ce spécialiste. Le loup est déjà parvenu dans les Vosges, mais s'installera-t-il en Franche-Comté, une région où le cheval et la vache priment sur la chèvre et la brebis? «Il faut se préparer à son arrivée», estime Jean-Marc Landry.

Sa progression n'est pas frontale, comme celle du lynx. Mais la présence même rare du loup en Franche-Comté a convaincu l'inspecteur environnemental Patrick Rebillard. «Les observations et les attaques se multiplient», dit-il. A défaut de moutons, le loup y trouvera des chevreuils. (Le Matin)

Vincent Donzé